
Tendu. Par ce seul qualificatif, on a vite fait de trouver la formule adéquate pour caractériser l’état dans lequel se trouve Fréjus Saint-Raphaël en ce début de saison. Rien ne laissait pourtant présager un tel sentiment à propos des varois : une victoire somme toute logique à Bauer chez le promu Red Star (1-2) pour ouvrir la saison, avant de confirmer à domicile contre Nîmes (2-0), les pieds en National mais la tête des crocos encore en Ligue 2. Au soir d’un week-end de 15 août, Fréjus pouvait déjà parler d’ascension !
Et puis, les bonnes nouvelles sportives se sont petit à petit raréfiées, laissant place à des échos presque dignes de la rubrique « faits divers » dans une édition de Var Matin. Ça débute avec la première défaite de la saison à Martigues, un match perdu 3-2 au terme d’un feu d’artifice offensif qui a eu le don de mettre le fougueux Franck Priou en pétard au bout de 3 journées. Un score qui a fait mal. Priou passé de Martigues à Fréjus durant l’intersaison, se faisait une joie de remettre en jeu l’invincibilité de son Etoile filante (à toute allure !) en s’asseyant comme dans son salon sur le banc des visiteurs à Francis Turcan. Le promu martégal allait pourtant décrocher la lune en portant l’estocade sur un énième coup de pied arrêté, là où ça fait mal, une véritable poisse pour Fréjus Saint-Raphaël bien revenu au score à deux reprises par Scarpelli et Vareilles. En vain. La faute à une « défense aux pâquerettes inattentive et trop statique » proclame Priou dans ses commentaires « à chaud », faisant ainsi une bien drôle de fleur à certains de ces joueurs. Bandini, Priou, mêmes combats…A Fréjus, les entraineurs ont du caractère et savent s’exprimer ! Heureusement, le discours fleuri du coach a porté ses fruits huit jours après : sans briller, l’Etoile a toutefois retroussé ses manches contre Cherbourg (victoire 1-0), dans un esprit de revanche attendu au coin du ring, face à un autre promu.
On ne croit pas si bien dire, puisque, l’espace d’un instant, le terrain d’entrainement des varois se transforme en ring lors d’une altercation entre Alexandre Garcia et Xavier Barrau quelques jours plus tard : “Situation tendue en fin de semaine dernière à l’entraînement de Fréjus St Raphaël. Une violente bagarre a opposé deux joueurs de l’effectif de Franck Priou, Xavier Barrau et Alexandre Garcia, apprend-t-on sur le forum de l’Etoile. Résultat, une mâchoire cassée pour Xavier Barrau tout de même. Des faits graves qui font réfléchir le club sur le sort à réserver face à ce genre de comportements. Toutes les sanctions sont envisagées allant même jusqu’au départ du club. On devrait en savoir plus d’ici quelques jours sur les conséquences de ces faits regrettables.” Ce message a fait le tour de tous les forums de foot. C’est le deuxième couac des fréjussiens. Des faits dont on ignore aujourd’hui encore la teneur mais dont les varois se seraient bien passés pour leur image et qui interviennent au cœur d’une situation fébrile alimentée par un nouvel accroc sportif qui n’a rien de capital mais qui y ressemble au Paris FC (défaite 2-0). La venue du leader Epinal au stade Pourcin prend donc des allures de victoire impérieuse. Fréjus a mis les p’tit plats dans les grands pour accueillir les vosgiens qui sont cueillis à froid sur un but de Bétremieux dès la 12’.Tout va bien. Les varois semblent maîtriser leur proie et se dirigent vers un succès significatif et symbolique sur leurs terres. Hélas, le slogan spinalien d’un « rien ne sert de courir, il faut partir à point » revisité des célèbres Fables de La Fontaine, transforme la légende en vérité, affublant Fréjus du statut du lièvre. Morale de l’histoire : les fréjussiens prennent deux coups de massue sur la tête en deux minutes aux 89’ et 91’. C’est le pactole pour la tortue Epinal qui gambade avec ses 14 points et la douche froide pour les locaux qui calent à 9 points et qui voient s’échapper sans ticket un premier wagon de leaders devant eux. 3ème coup du sort pour Fréjus Saint-Raphaël en ce début de saison. Pour un prétendant, l’addition devient salée.
Pourtant, l’Etoile a de quoi briller cette saison. Les mouvements ont été nombreux dans les deux sens : 12 arrivées pour 14 départs. Peut-être pas si étonnant d’observer quelques remous sur la côte varoise. Tout ce petit monde a besoin de trouver sa juste place dans l’équipe. Dutil, Fajr, Moulin, Orinel et Diallo parmi les plus en vue l’an passé, sont partis goûter aux délices proposés par d’autres clubs. Fréjus a fait son marché en trouvant des produits frais très en vogue : Scarpelli, le franc-tireur de Guingamp séduit par les perspectives des varois a dit oui ; tout comme Garcia de Bastia qui avait l’occasion de voir plus haut dès cette saison avec les corses. Priou, le néo-coach auréolé de sa saison à Martigues a amené avec lui deux pièces majeures de son 11 maritimo (Dembélé et Dainèche) pour composer le nouveau visage de l’Etoile. Enfin, Abardonado apporte une touche d’expérience en sein de la défense, bien que son dernier destin à Grenoble soit parti comme la neige au soleil. De la cohérence et de l’ambition à travers ce recrutement, en tout cas sur le papier. Alliance des anciens et des nouveaux difficile à trouver dans un groupe remodelé.
Alliance aussi de deux villes pour ne faire qu’une terre de foot, vitrine du département et orpheline de son historique sporting club de Toulon dont la rascasse porte-bonheur a déserté les fonds rocheux du littoral méditerranéen. A côté du grand frère toulonnais barré à jamais par la DNCG, l’Étoile Football Club Fréjus Saint-Raphaël fait figure de petit jeunot sur la scène du foot français avec ses deux ans d’existence. Plus qu’un simple PACS, c’est un véritable mariage en grandes pompes qui a réuni les acteurs des villes de Fréjus et de Saint-Raphaël pour associer le foot varois sous une même entité. Une Etoile est née. Ce soir-là, un 2 juin 2009, la salle de l’auditorium joue à guichets fermés et la séance propose une partition à deux voix. Pas un mariage forcé mais une union désirée après une vie quasi commune depuis des décennies, à peine troublée par les eaux du Pédégal qui sépare en son lit les deux cités. Lors de cette cérémonie, chacun aura retrouvé sur l’espace d’un discours, des bouts de son histoire. Le Stade raphaëlois, né en 1905, se remémore sa poignée de sportifs séduits par la discipline importée de Grande-Bretagne, sous la houlette d’Albert Calmatte, maître d’école féru du ballon rond et pionnier des premières parties de cuir dans les quartiers populaires du Petit Defend ou des Arènes. L’Etoile Sportive Fréjussienne, enfant de l’entre-deux-guerres, raconte sa connivence avec le grand Real dans un film catastrophe tournée le 2 décembre 1959. Ce jour-là, une vague gigantesque formée par la rupture du barrage du Malpasset tombe sur la tête de Fréjus et emporte avec elle 423 victimes. Le Monde se porte au chevet des Fréjussiens, l’Espagne en chef de file d’un grand élan de générosité qui prend pour cadre le stade de la route de Cannes. Un généreux chèque remis par le directeur général du Real Madrid en personne permet le développement des installations du Stade Pourcin dont la dénomination porte le nom d’une des victimes du barrage, très investi en faveur du club. L’avenir sportif s’écrit désormais en intercommunal ou n’est plus.
L’intercommunalité sportive se lit dans le paysage et sur les équipements. L’étoile historique, véritable trait d’union entre les deux clubs continue de briller sur le cœur des joueurs, le bleu fréjussien et le rouge raphaëlois s’associant étroitement pour former des bandes verticales sur le maillot maison. Saint-Raphaël et Fréjus réunis sur le même bout de tissu, c’est le point d’orgue du discours de fusion de Barbero et de Sabbah, les deux co-présidents du nouveau club. Dans la salle, il manque malgré tout quelqu’un. Un homme qui aurait aimé assister au mariage. Parti un an avant la cérémonie, le sudiste Guy David laisse un grand vide dans l’univers du foot et tout particulièrement dans ce coin de France. Le bonhomme emblématique au verbe sec, niché dans sa parka a tant fait pour ces deux clubs pour les guider jusqu’au présent. Comme un signe du destin tantôt cruel, tantôt heureux, Goliath a eu raison de David. L’entraîneur a jeté les armes au combat un soir de match dans les vestiaires de Pourcin qui résonnent encore de son timbre de voix et de ses qualités de meneur d’hommes.
Les catastrophes sont passés, les hommes aussi, les rivalités exacerbées entre l’Etoile et Cannes enfuies dans les cœurs mais toujours prêtes à resurgir. Cette année est un peu spéciale car il n’y aura pas de derby entre Cannois et Fréjussiens capable de soulever les foules et apte à décerner un prix de la suprématie sur les bords de la Côte d’Azur. La DNCG a encore frappé en attribuant une mauvaise palme à Cannes. Fréjus a eu chaud mais c’est sans doute la bonne étoile qui veille au-dessus des têtes.
A Niort, ce week-end, les hommes de Priou essaieront de réécrire une jolie page de foot à l’image de celle de la saison passée. Souvenons- nous. Les chamois avaient pris ce soir-là une belle leçon de pilotage et d’efficacité (défaite 3-0 sur un doublé de Diallo et un but de Gueye). Le couplet a sans doute été retenu. Les chamois ont déjà la tête dans les étoiles depuis leur amer résultat à Vannes. Nul doute qu’ils vont tout faire pour laisser l’Etoile derrière son gros nuage noir. En tout cas, des deux côtés, on veut laver la défaite pour repartir de l’avant. Chamois, Frejulencs, Rafelencs, bon match ! Et que Niort touche des étoiles vendredi soir !
[ Le Chroniqueur ]