
Il y a un peu plus d’un an, Le Petit Chamois se faisait l’écho d’un Rouen-Niort. C’était un début de saison aussi, un vendredi 13 août, une 2ème journée de championnat de National de fin d’été qui ressemblait beaucoup plus à un vrai été. Niort débarquait à Rouen et en National avec des idées plein la tête au terme d’une saison expéditive en CFA bien négociée. Rappelons-nous de ces discussions ô combien précieuses sur l’avenir des Chamois dans le grand zoo du championnat de France de foot. Le crédo à Jojo, c’est RECONSTRUIRE. Pour un mec pétri quotidiennement dans la chaux et le béton du bâtiment deux-sévrien, rien de plus évident. Pour la section foot qui nous concerne, la chose est nettement moins facile. RECONSTRUIRE pour écrire de nouveaux chapitres d’histoire sur les Chamois, parce que la vraie place de Niort est en Ligue 2. D’une lente agonie presque programmée, d’une enceinte qui s’éteint et d’une ferveur qui se meurt, la lumière a jailli. Oh, rien qu’une petite lumière très fragile dans un ciel obscurci par la fermeture du centre de formation et la disparition du label pro. Mais quand même un peu de vie. Pierre après pierre, les bâtisseurs se sont retroussés les manches pour que 90 ans de passion et de sueur ne tombent pas à jamais dans les oubliettes du passé : la recherche continuelle de partenaires, la gestion scrupuleuse du budget, la place essentielle des jeunes, rendre les Chamois attractifs avec des moyens humains et financiers restreints. Une épreuve d’équilibriste, douloureuse mais vitale. Un passage obligé. Hier, les Chamois ont sauvé l’essentiel avec un maintien acquis à la régulière, sans esbroufe, ni strass, ni stress. Nos chers bâtisseurs ont bossé dur au printemps pour continuer l’œuvre de reconstruction. Un dossier financier bouclé bien noté par les sages de la DNCG, un petit recrutement senti pour apporter plus-value sur le terrain et marge de manœuvre sur le banc de touche dans un groupe majoritairement stable, et voilà les Chamois bien dans le tempo de cette nouvelle saison de National avec de belles sorties et un seul coin d’ombre à Vannes. Cette seconde place ne tient pas du hasard. Elle est le fruit de cette lente reconstruction. Nous, les passionnés, on aimerait en connaître les délais. A court terme, à moyen terme, dans deux ou trois ans…Rien de très précis n’est sorti jusqu’à présent de la bouche des bâtisseurs. Mais le contexte actuel des résultats, la bonne vie du groupe, un championnat plus qu’ouvert, donne dans l’optimisme pour avancer des mots et des objectifs beaucoup plus précis…que tout le monde attend et nourrit en soi.
Ce Rouen-Niort prend des allures de sommet et place les deux équipes en tête d’affiche de cette journée de championnat. Ce sentiment délicieux de goûter à des évènements positifs, ça fait un bail que les chamois ne s’y sont plus invités. Batailler pour ne pas descendre, jouer des matchs à six points dans l’optique du maintien, trembler à l’annonce des résultats et prier pour voir son voisin de classement trébucher, c’était encore il y a peu de temps le pain quotidien de nos niortais. Le statut est toujours le même mais Niort a revêtu un autre costume, plus confortable et moins étriqué. Désormais, depuis quelques matchs, la tête des chamois est mise à prix. Un challenge que les joueurs semblent apprécier.
Je ne sors plus comme avant de René Gaillard les soirs de matchs. Ce que certains évoquent comme un « changement » ou un « déclic », je le ressens un peu moi aussi. Sans mot dire, un peu à la manière de nos bâtisseurs discrets et humbles, une évolution se fait jour, une forme de communion plus intimiste entre le public, les supporters, le club, les joueurs, assez difficile à décrire dans un billet mais si évidente à lire sur les visages croisés ici ou là dans le stade. Des airs heureux qui se nourrissent des bonnes prestations et qui espèrent sereinement que la petite lumière de la reconstruction se transformera prochainement en flamme dans la quête du Saint-Graal de la Ligue 2.
Ce soir, un bout de cette recherche d’avenir passe par Diochon. Les Diables Rouges, dont je ventais l’histoire et le parcours, dans ce même espace d’expression, à pareille époque, font également figure de candidats pour endosser le premier rôle. Le film a aussi bien débuté sur les bords de Seine et tient en haleine toute une agglomération. Le Red Star, Nîmes, Martigues, Cherbourg, le PFC ont déjà payé l’addition. Seuls les irréductibles spinaliens ont réussi à voler la vedette aux rouennais lors d’une sortie toujours aussi rocambolesque. Une série de 5 victoires stoppée nette par le promu vosgien qui détonne et qui transforme chacune de ses rencontres en mélodrame pour leur adversaire. Du coup, le « comment Rouen va avoir digéré sa défaite ? » après Fréjus et Vannes, constitue la Une des jours de match dans la gazette niortaise. Trois jours pour digérer, c’est très court. En même temps, cela ne n’offre pas le temps de gamberger, avec l’idée de rebondir très vite pour répondre présents pour coller au slogan qui s’affiche en grosses lettres sur la page d’accueil du site officiel du FCR. « La Ligue 2, c’est maintenant ! ». De quoi susciter l’inspiration de notre webmaster local.
De plus Rouen doit compter ses diables. Et les troupes sont franchement dispersées. Pas moins de 9 blessés dont des titulaires habituels louperont ce soir l’affiche. Si on ajoute 3 suspensions, l’équipe de Garcin se présente amoindrie. Un fait d’importance qui pourrait peser dans la balance. Qui pourrait seulement…Rouen reste Rouen, c’est-à-dire un sérieux morceau. Les hommes de Gastien ont l’ambition de ramener quelque chose du voyage en Normandie, sans pour autant débarquer la fleur au fusil. Avec Durak toujours en moins, l’attaque niortaise continue de se tester sans son Mustapha providentiel. Avec brio pour l’heure puisque Glombard et Diaw se sont affichés comme de parfaits intérimaires face à Fréjus et font oublier l’homme de Gap.
Le décor est planté. Ce Rouen-Niort constitue un véritable test pour les deux équipes. Le gagnant prendra de l’assurance sur ses capacités de favori. Le perdant rejoindra le rang des outsiders qui peuvent mieux faire. A moins que diables rouges et chamois bleus ne repartent dos à dos dans leurs chaumières, ce qui ne serait pas un si mauvais résultat au regard du contexte. Mais si les Chamois obtiennent une mention « Très Bien », ce n’est pas Le Petit Chamois qui s’en plaindra. Niort ne donnera pas son âme au diable…rouge, ça c’est sûr !
ALLEZ CHAMOIS !!!
[ Le Chroniqueur ]