
Le Petit Chamois a décidément la tête dans les étoiles et n’en sort pas vraiment. Après l’étoile fréjussienne au destin scintillant pour les niortais, une autre étoile se pose prochainement à René Gaillard, un astre rouge descendu de la capitale, chargé de 15 bons hommes verts et fondant à vive allure sur les Deux-Sèvres.
Une étoile rouge à deux faces
Le Red Star, ce n’est sans doute pas la meilleure affiche de la saison. L’invité surprise a dû combler le vide laissé par Gap, rattrapé par sa mauvaise comptabilité. Les valises ont été bouclées à la hâte. Le bon élève de CFA a finalement eu droit à sa belle image, synonyme de participation à la grande récré du National au milieu des Rouen, Niort, Beauvais, Créteil ou Nîmes. Comme au bon vieux temps ! Depuis des années, les Audoniens nous ont plus habitué à nager dans les eaux troubles du monde amateur en costume vert et blanc dix fois trop grand. Contexte atypique et résultats tout aussi singuliers. Du tout bon comme du tout mauvais. Définition du cru 2011, résultat de vendanges précoces. Ce Red Star imprévisible joue à la montagne russe alternant montées et descentes, les premières pour l’extérieur, les secondes à la maison, en proposant une invitation au voyage à ses passionnés et une mauvaise tambouille dans son antre qui n’effraie plus personne ou peut-être lui-même. Pour l’exemple, dans le derby des banlieusards, la fête a tourné court pour le PFC. Une raclée 4-0 et la mise à sac d’un logo flambant neuf. Un vrai bide sur le tapis rouge déroulé dans un Charléty qui sonne de plus en plus creux. A Bauer, les locaux laissent les portes ouvertes par habitude. Des courants d’air dans tous les sens : Cherbourg, Fréjus et Nîmes ont déjà tiré le jackpot. Epinal n’a pas manqué de toucher du bois en quittant le stade, un peu tape-à-l’œil dans leur habit de leader. Le promu peine à trouver un peu de régularité et s’en remet à son stratège Malfleury, déjà auréolé de 5 buts dans ce championnat et capable de mettre tout un club d’attaque. Gare au numéro 20 et marquage obligatoire à la culotte. Gare aussi Lolo Gagnier, la nouvelle coqueluche de Saint-Ouen récupéré au marché aux Puces, dans une malle arrivée tout droit de Bangkok. Laurent a eu le temps de réviser le mandarin et d’apprendre quelques règles élémentaires confucianistes dans les vestiaires chinois. L’homme est devenu zen, paraît-il, et aborde son déplacement en Deux-Sèvres comme un retour aux sources.
Rimet, père fondateur
Cette histoire du temps présent constitue finalement le petit couplet d’une chanson vieille de plus d’un siècle avec ses hauts et ses bas, elle aussi. Le premier à pousser la chansonnette est un gars comme vous et moi, petit-fils d’agriculteur, un self made man et autodidacte prénommé Jean Rimet. Avec son frère Modeste et deux autres troublions, ils posent la première pierre du club au café Piolat dans le quartier du Gros Caillou, un lieu prédestiné pour une fondation. Nous sommes le 21 février 1897. L’équipe qui se veut d’abord omnisport est baptisée dans les eaux de la Manche sous le nom de « Red Star », en écho au bateau qui transporte Miss Jenny, une gouvernante de la famille Rimet. Une histoire de famille de rien du tout, appelée à de grands desseins dans les quartiers populaires de Saint-Ouen. Le Red Star Club nait officiellement un mois plus tard. Les 4 mousquetaires du ballon rond peuvent avoir le sourire aux lèvres.
« Stade volant »
Seulement voilà, dans la jungle parisienne, l’équipe à l’étoile a du mal à se trouver un refuge et joue les « sans stade fixe ». Un terrain le long du Champ-de-Mars, puis un autre à Meudon, une parcelle en déshérence près de la station de métro de Grenelle transformée au rythme de la spéculation immobilière en Vélodrome d’hiver. A peine de quoi se poser pour taper dans le cuir. Le Red Star doit vivre au rythme des déménagements. En 1910, la construction du « Vel d’Hiv » boute l’équipe hors de la capitale. La bande à Rimet pose son baluchon à Saint-Ouen, dans un Stade de Paris flambant neuf à trois pas du marché aux Puces. Personne ne le devine encore mais la légende est en marche.
Le Red Star, étoile du foot français
Les premiers résultats sont déjà prometteurs mais l’attention se porte surtout sur les joueurs. Avec Maës, Chayrigues et Gamblin en chefs d’orchestre, le club file droit et joue sans fausse note. La guerre casse forcément la mécanique mais l’équipe en ressort plus grandie avec un triplé obtenu en Coupe de France (1921-1922-1923) et une carte de visite copieusement remplie. Le Red Star devient une place forte incontournable du foot français et alimente les rangs de l’équipe de France. L’œuvre de Rimet n’y est pas étrangère. Le petit garçon qui a suivi son père jusqu’à Paris a fait son trou dans les affaires du ballon rond. Participant à la fondation de la FIFA, il en devient rapidement président comme à la FFF. La première coupe du monde en 1930 lui doit d’ailleurs ses lettres de noblesse et forme un tremplin pour la professionnalisation du foot dans la décennie qui s’ouvre. En 1932, un vrai championnat apparait en France. Le Red Star est le premier à s’y inscrire. Etonnant ? Pas vraiment à la lecture des lignes précédentes. En 1935, le club délaisse ses couleurs originelles pour adopter le maillot vert aux manches blanches et l’étoile rouge sur le cœur. Les grands noms continuent de circuler, les palmarès fleurissent, y compris au plus fort du conflit mondial. Joncourt, Aston, Vandevelde ou Meuris veillent sur l’étoile et entretiennent la ferveur de tout un peuple unis à la cause de l’astre : victoire en Coupe de France sur Sète en 1942 dans une enceinte de Colombes pleine à craquer ; bis repetita en 1946 devant le LOSC malgré la défaite.
L’entrée dans une histoire banale
Une première défaite, le début des turbulences, une histoire en dents de scie qui ne s’arrête plus. L’épisode Avellaneda remettant l’équipe sur de bons rails n’offre qu’une parenthèse sans lendemain. Le train vert est bloqué en station terminus. 1978, tout le monde descend avec perte et fracas. Statut pro, dirigeants, joueurs, tout s’envole. Paradoxe, le stade est le seul à tenir debout. Mieux, on lui greffe une nouvelle tribune parallèle à la rue du Docteur Bauer dont le patronyme se fait déjà un nom dans les travées. Exit le Red Star Football Club. Bienvenue à l’Association Sportive du Red Star qui repart de zéro en DH. Les verts ont forcément perdus de leur éclat et de leurs espérances. Un mal pour un bien dans cette affaire de gros sous mal gérés ? Probablement. Jean-Claude Bras connaît la maison comme sa poche. L’ailier droit audonien vient de vivre 5 saisons et compte bien s’accrocher au bateau ivre contre vents et marées. De joueur à président, le bon samaritain est tout trouvé pour relancer la machine dans les vicissitudes de son histoire. Le Jean-Claude a le bras long et tire les bonnes ficelles. Lorsque Dominique Grimault en septembre 1978, l’interviewait pour le compte de France-Foot 2 le nouvel homme fort du foot audonien avait ses mots : Il faut que l’A.S. Red Star soit un club tendu vers le haut. Ce sera un club à l’éthique par vocation. Dans le meilleur cas, nous serons en Division II en 1982. Le démiurge a tout bon. Cette année-là, le Red Star retrouve des couleurs en D2. Plus, il trouve une stabilité en D2 qu’il n’avait plus connu depuis les lendemains de la guerre pendant 10 ans entre 1989 et 1999. Le centre de formation tourne à plein régime. Et des joueurs se font un nom dans le milieu : Marlet, Fadiga, Itandje, Meïté, Agasson, Timothée ou Samuel Michel pour ne citer qu’eux. Et puis la dernière décennie s’ouvre sur un échec. 2000 est une nouvelle année de relégation. Le bon parcours en Coupe n’efface pas les difficultés du Red Star pleinement consacrées en 2003. Fin de série et nouveau départ. On connaît la chanson. Un train s’arrêté, un autre redémarre. La bête ne meurt pas si facilement et refait le coup de la pirouette de 1978 avec un repositionnement en CFA dès 2006. Alain M’Boma parachève la reconstruction en 2010-2011 au terme d’une saison bien remplie, juste aux portes de l’accession. Les relégations administratives prononcées par la DNCG à l’étage supérieur feront le reste. Le Red Star peut croire de nouveau en sa bonne étoile, et demain il sera de nouveau à René Gaillard.
Chamois et audoniens se disputeront le ballon pour la 21ème fois en championnat. Au petit jeu des stats, Niort tient la corde sur ses terres, tout comme le Red Star dans son institution de Bauer. L’avantage du terrain constitue une donnée d’importance. Mais avec les banlieusards, les cartes sont brouillées. Il paraît en plus que Niort a récupéré un sale virus lors de leurs deux derniers déplacements, refourgué par Vannes et Rouen déjà contaminés. Sympa les gars. Un truc difficile à soigner, soi-disant. Déjà 3 chamois touchés qui gardent le chevet. C’est l’infirmière qui est contente. Gastien beaucoup moins. Après un coup de sang à Diochon, notre coach se gratte un peu la tête après 8 journées pour composer son 11 majeur et pense déjà à regarder dans ses fonds de tiroir. Y a bien la réserve et son petit vivier. Y a bien Konaté, à l’aise dans toutes les positions, pourvu qu’il ait un bout de gazon pour galoper. Le mieux et le plus simple serait quand même d’appeler Garcin et Le Mignan, experts en la matière. A moins que le Docteur Bauer ait un remède efficace à nous refiler ?
[ Le Chroniqueur ]