
Puisque nous sommes ici pour parler de nos pays d’origine, je puis bien vous le dire : c’est Martigues que je vois dans ces moments-là, quelques disques de terre entourés par la mer, trois petites îles qui font la chaîne au couchant de l’étang de Berre, avec un ruban de maisons qui flotte sur les deux rives ; on dirait qu’elles sont là pour amarrer au continent les trois perles que l’eau emporterait, ou qu’elle engloutirait.
Charles MAURRAS, Les secrets du Soleil.
Vous êtes déjà passés par Martigues ? Moi oui. Et franchement, de la route, entre Arles et Marseille, on ne se remémore que les cuves et les immenses cheminées du site pétrochimique de Lavéra. Il paraît que la « Venise Provençale » regorge de petits trésors et que Charles Maurras y a compté jusqu’à 30 beautés. Nous fouillerons la question sur le chemin du retour lorsque les chamois s’embarqueront dans quelques mois pour la Provence.
Martigues, pays de pêcheurs, terre d’histoire ou site touristique…et siège de foot. Coincée dans le triangle Montpellier, Nîmes, Marseille, la cité provençale a dû batailler dur pour se faire une place dans l’univers du ballon rond. On ne sait plus grand-chose du promu mais on se souvient bien - hé hé nous les plus vieux -, des parures rouges et jaunes qui colonisaient nos écrans de TV dans les années 90 pour des rendez-vous avec l’élite, dont cette image marquante de l’énorme lob de Maurice Bouquet face au PSG de Lama. Bien plus tôt, les premiers bâtisseurs avaient posé les fondations du foot martégal. En 1919 exactement, un temps où le FCM nait sous le signe du Sporting Club de Martigues. Mais on parle bien du même club, celui crée par un groupe de copains fans de l’OM, dont les statuts constituent un joli contrepied, au nez et à la barbe de Marseille, à une poignée de kilomètres seulement, entre étang de Berre et Méditerranée, sur une langue de terre. Le grand Olympique et le petit Sporting côte à côte, bord à bord… mais frères ennemis.
Les parties de foot se déroulent au champ Matthieu, un terrain vague qui ne dit vraiment rien à Google Maps, sans doute un site englouti aujourd’hui sous des tonnes de ciment dans la grande vague de bétonisation du littoral. Martigues, ce sont les copains d’abord. On joue pour le plaisir sans se prendre la tête. Alors, à court d’imagination, on pioche des idées dans ce qu’on aime autour de soi ou pas trop loin : le club du FC Sète qui offre ses deux premières lettres « FC » à un Martigues reconfiguré, des couleurs aussi dans l’ovalie perpignanaise sans vraiment se rendre compte que le sang et l’or s’affichent déjà clairement en Provence. Structuration ! Enfin ! Un stade, un vrai.
La municipalité bouge le petit doigt et fait ériger le stade Albert Pommé. Les « derbys de l’étang » ont enfin une vraie enceinte. Sous la conduite d’Aurelio, le capitaine courage de l’entre-deux-guerres qui s’affiche aujourd’hui sur bon nombre d’édifices publics de la ville, Martigues écrit les premières lignes de son palmarès naissant (un titre de champion de Provence en 1927 acquis de haute lutte contre Istres et Port-de-Bouc dans une triangulaire historique autour de l’Etang !). Les copains marseillais se transforment en un groupe organisé. La mayonnaise est en train de prendre. Martigues enchaîne les résultats. Un nouveau stade est promis par la ville. Il s’appellera Aldéric Chave, du nom d’un résistant passé à la postérité dans le sud. On le drape de rouge et d’orange et des milliers d’amateurs de ballon rond s’y entassent pour s’asseoir au Paradis, l’unique tribune de la nouvelle enceinte.
Après-guerre, l’équipe se dote d’un véritable entraîneur et prend de la hauteur avec Kramer, un international suisse qui s’est converti à l’air du grand large. L’équipe joue pourtant au « Poulidor » du foot comme éternel second. De promotion d’honneur en honneur, le FCM fait du sur place sur les bords de l’Etang de Berre. En 1965, première révolution : un stade grand luxe à des années lumières du champ Mathieu, portant le nom éponyme du maire Francis Turcan, remplace l’ancienne assise de Chave. Le FCM a de l’ambition dans ses infrastructures. Sur le terrain, l’arrivée de Jacques Sucré dans les affaires du club apportent de la douceur : Martigues sort de l’ombre en 1970 avec une montée en D3 suivie de près par une nouvelle accession en D2 l’année suivante.
A partir de 1974 (un très bon cru, personnellement !), l’équipe se stabilise durablement au deuxième échelon du championnat de France…et ce pour 19 saisons. Le Président Huc et l’entraîneur Sucré mènent leur gondole de la venise provençale comme leur entreprise, dans l’antichambre de la cour des grands clubs français. Leur départ en 1980 correspond à une période de profondes transformations pour le FCM qui enchaîne les bons parcours en coupe en misant sur sa jeunesse et sur le vivier de son centre de formation. Sous l’aile d’Herbet et d’Orsatti, deux entraineurs remarqués dans l’histoire du foot martégal et du foot tout court, le club dévoile ses atouts.
Blondeau, Bénarbia, Mazzoncini, Petrucci, purs produit maison élevés à la poutargue se font un nom. Le savoureux mélange entre joueurs du centre et quelques bonnes pioches de l’élite permettent au groupe de Christian Sarramagna de se propulser parmi l’élite au terme d’une année 92-93 riche en émotions, ponctuée par une victoire splendide face à Créteil grâce à un doublé de Jean-Roch Testa. La première campagne en D1 ressemble à un sauvetage in-extremis. Martigues, 18ème, doit son salut aux déboires de Marseille et est remarqué pour son beau jeu.
L’année suivante est pilotée par René Exbrayat qui s’entoure de joueurs revanchards tels que Tholot, Chaintreuil, Bouquet, Romano, Rabat ou Collot couplés au cru local martégal dont Bernarbia constitue le fer de lance. Martigues se classe 11ème et obtient son maintien à la régulière. Pour une poignée de buts, la coupe intertoto lui passe sous le nez.
La 3ème année en D1 est pourtant l’année de trop pour les provençaux. Patrick Parizon a remplacé Exbrayat et finit invaincu à la tête de son équipe, mais les dés sont jetés depuis longtemps. Le FCM retrouve la Ligue 2. C’est l’époque des Priou, des deux Rémy, de Belmadi. J’ai gardé mon album panini avec tous ces minois. Y a même un certain Branlard passé par le stade poitevin qui s’invite à la fête. J’ai aussi sa vignette !. L’aventure dure deux saisons avant une descente catastrophe en National en 1998.
Retour aux vraies valeurs ! Le sang martégal qui s’affiche sur les maillots est souillé ! On ouvre de nouveau la porte du centre de formation. On y pioche les meilleurs éléments pour relever la barre et remonter le Canal de Caronte entre Berre et mer. Padovani, Bekrar, Ait Atmane, Fanni, Botios, ces noms résonnent et parlent de plus en plus aux plus jeunes. On y est. Martigues sauve sa peau sur le fil. Merci les gars et merci au centre.
En 1999, le FCM se fait un nom pour la succession de ses entraineurs, signe de courants contraires. La tramontane s’est levée. Rémy, Dalger puis Guendouz se succèdent au volant. Ce dernier réussit l’impensable : une montée inédite en D2 alors que la trêve programmait une mort annoncée. Martigues obtient de nouveau un salut in-extremis grâce à la rétrogradation administrative du TFC. Un mince espoir et une tranquillité précaire. Le FCM reçoit le prix du bonnet d’âne l’année suivante. Caminiti, David et Gentili se pressent au chevet du malade. Mais le virus est insoignable. L’administratif rejoint même le camp du sportif : Martigues doit se résoudre à repartir en CFA en 2003.
La reconstruction est chaotique : le FCM navigue en eaux troubles, oscillant entre National et CFA. Calabuig trace les sillons de la réussite, Priou les exploite parfaitement grâce à un travail « maison » et les plus fidèles au club. Martigues est tout proche du bonheur de la montée, Pacy lui offre sa place. Histoire du FCM recomposé.
Résumons-nous. Un port de pêche aux portes de Marseille sur un isthme de terre entre eau douce et eau de mer, des supporters marseillais qui virent de bord en posant les bases d’un club dans la Venise Provençale, un FCM bâti sur le fleuron de sa formation, un club « maison » qui séduirait le plus chauvin des chamois, une ribambelle de jeunes devenus grands dans son sens « talentueux », une équipe reconnue (y a qu’à voir l’engouement suscité par le jubilé de Mazzonchini en juin dernier avec son parterre de stars). Vous avez meilleure recette ?
Actualité oblige, il est déjà temps de braquer nos projecteurs sur ce match Chamois-Martigues qui ne manque pas de piquant. Lorsque j’ai récupéré le calendrier de la saison, je n’ai pas porté plus attention à cet a-priori fade vendredi 07 octobre. J’suis pas vraiment accro à Biakolo. Son retour, combien même il aurait lieu, ne m’émeut pas plus que cela. J’ai même failli le zapper purement et simplement ce match, pour faire autre chose à la place. Aujourd’hui, je me ravise.
Niort a toujours tous ses crampons sur le podium en dépit de son accroc(co) à Nîmes (3-2) mais surtout Martigues n’est qu’à 3 points de nos protégés à cornes. Mine de rien, les promus « sang et or » avancent en silence et jouent les trouble-fêtes. Un rôle qui leur va bien. On a tous parlé cette semaine de leur performance face à Epinal, ces irréductibles vosgiens, experts dans l’art du retournement de situations. Martigues a fait les gros titres du National en faisant (enfin) chuter le leader (2-1) et avec la manière s’il vous plaît. Ce promu n’a donc rien d’un enfant de cœur et à René Gaillard, nous remettrons la promenade de santé du début de week-end au samedi matin. Un match piégeux à prendre au sérieux.
J’entends déjà les commentaires de Papa Gastoune qui attend un nouveau bon rebond des siens pour un panier à trois points, signe de carton plein sur le pré deux-sévrien. Bon, on ne va pas s’affoler outre mesure. Niort, c’est le bon élève du domicile. Reçu 5 sur 5 chef ! 13 buts marqués. 1 but encaissé (ce diable de Colloredo qui gâche nos statistiques !). L’équipe a tout vrai dans son marais. Et heureusement, parce qu’en voyage, on compte deux pétards mouillés et des points tous faits sortis in-extremis du panier. Alors, on se recroqueville sur la citadelle imprenable, sur les festivals de buts, sur ce collectif bien huilé qui fait chanceler l’adversaire, en pensant à des jours meilleurs et à des récoltes plus prolifiques à l’extérieur.
Pour mener l’opération victoire, les Chamois feront sans Glombard, cheville ouvrière des précieux succès niortais. Luigi souffre d’une cheville martyrisée par un croco. Un nouveau joueur sur le flanc à l’infirmerie qui n’est pas très loin d’afficher complet. Une attaque décimée et ce paradoxe d’une équipe qui présente de belles statistiques malgré tout. Et oui, et tout çà c’est grâce à Gonzo ! Arnaud est devenu l’artificier de service numéro 1 à Niort. Qui l’aurait cru ? Celui à qui on avait promis une place au Grand Cèdre à l’intersaison a décidé de jouer les prolongations. Papy fait de la résistance et du coup, son dossier de pré-retraite a été classé sans suite.
Des buts à la Gonzo, ce chamois des surfaces toujours idéalement placé pour convertir en or un médiocre métal, un jeu de tête hors-norme et un leader qui sait actuellement profiter des turn-over d’équipe pour tracer sa saison et se montrer indispensable dans la compo de Gastien. Du coup, malgré toutes les blessures, les chamois restent d’attaque. Gastien fils revient compléter l’effectif après avoir purgé sa punition. Voilà une autre bonne nouvelle, car on aura besoin de son œil et de sa botte dans l’entrejeu !
En face, Martigues victorieux a laissé des plumes contre Epinal et ne se présente pas non plus dans ses plus beaux habits. Ulrick Chavas, stratège passeur de l’équipe, souffre d’un claquage. Son remplaçant Postéraro a reçu un carton rouge, synonyme de non-participation demain soir. Les Maritimo Himmes et Di Maria doivent faire oublier ces deux absences de choix. Et Biakolo ? Viendra ? Viendra pas ? On en parle encore au conditionnel. Un conseil, Stéphane : reste tranquille à Martigues et profites du soleil sur la grande bleue. Tu sais de quoi les retours prématurés peuvent être faits.
Du bleu, du blanc pour l’espoir, les Chamois pour la victoire. Je chante comme une gamelle. Mais bon, on a une place à défendre et une Venise provençale à submerger d’une vague bleue. Alors donnons de la voix pour les chamois !
[ Le Chroniqueur ]