
12ème journée. Ce championnat file à cent à l’heure et ouvre une nouvelle page de son gros livre de 38 folios ce mercredi pour un match en semaine avant la parenthèse Coupe du week-end prochain. J’suis encore tout retourné de ma soirée de vendredi contre Martigues. Je me prends même à rêver depuis ce week-end de cette première mi-temps niortaise qui fera école. Je n’ai même pas de souvenir d’une si grande maîtrise du ballon et d’une telle aisance technique chez les Chamois. Même Angel Marcos en prendrait de la graine. J’ai pourtant usé des fonds de pantalons dans les pesages depuis mes 8 ans mais rien ne me rappelle cette fabuleuse démonstration ! Les chamois ne faisaient qu’un seul homme. Ils étaient 10 joueurs de champ mais ils paraissaient des milliers, jouant avec la géométrie du terrain comme un expert d’échecs sur son grand échiquier rempli de pièces parfaitement disposées. Martigues est devenu fou et Niort le roi. Martigues la Veneziani a bu le calice jusqu’à la lie et Niort s’est couronnée de lauriers sur son Empire à RG.
A l’extérieur, une autre paire de Manche ?
Demain soir, cap sur le Nord de la France. Finies les soirées méditerranéennes. Les Chamois ont rendez-vous avec Cherbourg, un promu qui vit bien en National. Personne n’en parle vraiment mais les Manchois sont là, à quelques encablures, 7ème, récompensés par leur série en cours de 6 matches sans défaite. Même que les locaux se qualifient de redoutables à domicile. Faut dire que la ville abrite dans sa Cité de la Mer, le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins au titre éponyme. La cité est fière de son musée et s’affiche en Postaire, son stade fétiche. Ceci explique peut-être cela. Footballistiquement, seuls les Diables Rouges ont réussi à prendre des points au goût de victoire.
Alors au bout du bout du Cotentin, les Chamois devront bien se méfier d’un coup de grand vent local qui fait tomber des têtes. La carte de visite niortaise hors de son Empire, c’est du « peut mieux faire » : Niort a trébuché à deux reprises sur la plus mince des différences (1-0 à Vannes, 3-2 à Nîmes) ou a été rattrapée dans le « money time » par Colmar (2-2) et par Rouen (2-2) dans des soirées prolifiques en buts et usantes psychologiquement. Les Chamois marquent mais ils concèdent aussi beaucoup de buts. Trop forcément pour prétendre au vrai gain de la victoire. Mais pourquoi pas un nouveau cap pour un horizon théoriquement plus dégagé après un mois de septembre en bleu de chauffe. Verdict ce mercredi. Les deux équipes comptent leurs blessés et pansent leurs plaies sans pour autant réduire la voilure pour cette opposition enrichissante pour les deux groupes.
Cherbourg, le foot dans le vent ?
Certains disent Cherbourg-Octeville. Mais pour beaucoup, c’est Cherbourg tout court. Les premiers ont raison. Les deux cités ont fusionné en 2000 dans le cadre d’un référendum citoyen organisé autour de la communauté urbaine et de son postulat de « grand Cherbourg », une idée vieille de près d’un siècle. On devrait parler de cherbourgeois-octevillais ou d’AS Cherbourg-Octeville. Mais en France, on aime jouer avec les raccourcis et ne retenir que les histoires anciennes. Pour moi, ce sera aussi Cherbourg, une ville que je ne sais pas comment vous présenter sans cliché ni parapluie. Eh non, le soleil n’en est pas absent. On y voit même beaucoup de palmiers. Du bout de sa presqu’île, la ville ne serait rien sans la mer, elle est née de la mer, la mer l’a nourrie, lui a permis de grandir et c’est la mer qui fait toujours rêver la ville. Mais seulement rêver…Son port transatlantique n’est plus qu’un bien beau souvenir. La Cunard Line s’en est allée avec ses paquebots, tous plus beaux les uns que les autres. Les gros bateaux passent encore de temps en temps, histoire de dire bonjour, ou de faire un peu plus ressentir une absence certaine, mais les autres paquebots sont définitivement partis. Même le Titanic n’est jamais revenu après une unique escale…Restent les souvenirs et la mémoire des vieux loups de mer qui ont définitivement mis pied à terre et sont devenus sédentaires, reconvertis en pêcheurs de brelins blancs et de flies.
Et le foot dans tout ça ? Pas vraiment une institution à côté des gros bateaux et des filets de poissons vendus à la criée. Avant 1945, l’AS Cherbourg se récite en couplets balbutiants. Le tout premier club à proposer le football est l’Union Sportive Cherbourgeoise fondée en 1904. Une histoire courte qui se termine dans la Manche et qui ne survit pas à ses mauvais résultats. Fernand Choubrac, libraire-papetier de son état et « cher bourgeois » influant, qui possède pignon sur rue à Cherbourg, lance une bouée de sauvetage au foot manchois en créant un nouveau club en 1906, baptisé vulgairement du nom de Stella, pour une affaire prête à mousser. Oh, à l’époque, on ne se rue pas vraiment dans le quartier de la Bretonnière pour taper du cuir. A peine 50 adhérents la première année. A Cherbourg, on aime plus la gymnastique, le vélo ou tout simplement contempler les gros bateaux à quais. Des rencontres interclubs qui n’intéressent personne, une activité qui s’envase. Pourtant, en 1929, la Stella ressurgit et se distingue en Coupe de France. Rennes l’emporte mais Cherbourg atteint les 16ème. Une première dans ce nouvel univers du ballon rond qui ne parle pas à grand monde.
C’est donc sur cette base plutôt instable que l’AS Cherbourg est créé en 1945. Le club est toujours omnisport et l’activité foot se précise. Le bleu nattier avec ceinture et ancre de marine blanches s’affiche sur les terrains. Le groupe évolue déjà dans une enceinte appelée à devenir le stade Maurice Postaire dont le patronyme fait référence à un élu local adjoint aux sports et amoureux de la Stella, l’union sportive et pas la bière. Un nouvel air souffle désormais sur Cherbourg. Reste à se faire un nom. Cherbourg recrute en Angleterre. George Kimpton prend le premier bateau pour Cherbourg. « Mister Kimpton » comme on le surnomme devient le premier entraîneur de l’équipe et apporte dans ses valises la méthode en « WM », un dispositif tactique révolutionnaire qui connaît déjà un succès fou en France. Les résultats ne sont pas à la hauteur mais le foot cherbourgeois est mis sur orbite.
Championne de DH made in Normandie en 1955, l’équipe accède au niveau de notre actuel CFA. Des résultats en dents de scie mais un joueur sort du lot, Marcel Mouchel, un homme qui reste très attaché dans le cœur des Cherbourgeois. « Pour vous Marcel, comme d’habitude : carte blanche ». Cette phrase habituelle de Kimpton avant chaque match de l’ASC en dit long sur les qualités du bonhomme, dans la Presse de la manche. Mouchel a un crochet qu’on peut qualifier de foudroyant. Il pivote avec une telle rapidité, et c’est si surprenant, si inattendu que l’adversaire qui le poursuit se trouve à tous coups “dans le vent”. Il tire également des deux pieds avec puissance et précision, et dans n’importe quelle position, et en outre, il voit vite et bien. C’est vraiment un très grand technicien. La cerise sur le gâteau, c’est que Mouchel est très attaché à sa ville, refusant de nombreuses propositions par la lorgnette. Le public le lui rendra bien.
En 1960, l’ASC prend le statut de club pro et se retrouve en D2. Les résultats ne sont pas brillants. Cherbourg ne tire que des mauvaises notes mais brille mieux en coupe avec un ¼ de finale face à Strasbourg, hélas perdu contre le futur lauréat de l’exercice, maigre lot de consolation. Cherbourg tente bien de s’accrocher sportivement mais des dissensions internes couplées à une crise financière renvoient l’équipe à ses chères études du monde amateur. Mouchel est là comme entraîneur avec un constat d’échec. En 1970, se profile même une disparition du club.
L’ASC reprend une marche d’empereur, très lente. D4 en 1978, puis D3 à partir de 1985 avant de revenir en eaux troubles à partir de 1998. La période 2002-2009 est finalement la plus fleurissante. Cherbourg prend position en national, emmenée par les Garande, Velud ou Tosi, des noms qui résonnent. En 2008, l’objectif Ligue 2 est clairement affiché. Malheureusement, le groupe conduit par Noël Tosi connaît un incompréhensible naufrage en s’emparant de la dernière place de son championnat. On coupe la tête à Tosi et on y place celle de Jean-Marie Huriez, un nom qui respire fort les Deux-Sèvres. Le tacticien cherbourgeois passé de simple adjoint à commandant de frégate a tapé le ballon chez les chamois durant 3 saisons et 27 matches au poste de défenseur central. L’homme est adepte de la méthode Garande et apprécie le football plutôt offensif, avec du jeu au sol. Voilà donc de quoi alimenter de jolis débats ce mercredi. Au bout de deux saisons, Cherbourg pointe enfin sur des hauteurs. Meilleure deuxième de sa poule de CFA, les décisions de la FFF et de la DNCG transforme ce simple bonheur en accession pour le National. Eh, eh ! On y est à l’aube de cette 12ème journée !
Alors, une seule et unique consigne : se retrousser les manches pour aller chercher un résultat significatif à l’extérieur et éviter de ramener les Cherbourgeois au rang des invités au podium du National. Les chamois ont mis les voiles ce midi…pour gagner tranquillement la Manche ! Prémonitoire ? ALLEZ CHAMOIS !
[ Le Chroniqueur ]