
De plus en plus d’observateurs se penchent désormais sur René Gaillard, où les chamois ont rendu jusqu’à présent une copie parfaite. 6 matchs, 6 victoires. Des tas de buts et deux filets transpercés par l’adversaire. Les bons cuistots ne donnent généralement pas comme cela leur recette et gardent précieusement leurs secrets au chaud, cette touche finale qui sublime un plat et qui donne du relief niveau goût. A Niort, on vient avec plaisir pour chaque match, après notre besogneuse semaine, pour goûter aux plats servis par les Chamois.
Et j’observe qu’on est de plus en plus d’amateurs à apprécier la cuisine deux-sévrienne. Faut dire qu’il faudrait être vraiment difficile. Depuis des années, vous et moi nous avons mangé de tout, pas mal de mauvaises soupes réchauffées, fadasses à base de pain rassis et de haricots pas cuits. Depuis août, Niort nous sert des menus 4 étoiles. Le « chaudron bleu » est encore loin d’entrer dans le langage imagé et populaire. On s’en tient à « forteresse » ou à « citadelle ». Ce qui est déjà bien car personne n’a pu trouver les clés en face.
Mais…voici une recette :
3500 supporters bien chauds prêts à s’enflammer dès la première minute
1 tambour bien tendu sous la baguette par Batslam
1 porte-voix sous les échos de Babymox
1 caméra qui saute sur les meilleures actions de jeu signée gro chat
Quelques chants entraînants sortis du répertoire des Unicamox
15 joueurs bleus motivés
1 jeu de ballons bien gonflés
1 grand filet
des sandwiches et la boisson qui va avec
Avec ces ingrédients, la recette promet d’être réussie. Ça met en appétit et on ne ressort pas de René Gaillard avec la faim. Quoique, ma nature gourmande m’amène à en redemander encore plus. Pas vous ?
Les Chamois se remettent au fourneau ce soir pour accueillir un nouvel invité, le Paris FC. Pour un dîner presque parfait ? Et si on mettait Paris en bouteille ? Si Paris était tout petit…Et si la bouteille était très grande…Hé !, tout plaide en faveur des Niortais dans un match qui oppose des extrêmes (parcours sans faute des niortais à la maison, 1 seul point cueilli par le PFC dans ses voyages). Mais le foot possède des subtilités que l’ordre et la raison ignorent. Alors, gare au piège toujours latent tendu par l’adversaire, surtout lorsqu’il s’agit de faire tomber une tête de chamois dans son pâturage et transformer pour un jour le terrain en gazon maudit. Paris aime s’afficher comme il l’a prouvé récemment. Focus sur notre adversaire d’un soir.
Le Paris FC à la recherche d’un (re)nom.
1969. Année érotique. Ma mère obtient sa 4ème semaine de congés payés. Chouette. Le Concorde prend son envol et le PFC suit son sillage, en vitesse de croisière. Sur les bureaux, dans les sphères du Conseil Fédéral de la triple F, on cause déjà de nouveau souffle pour une place au foot de haut niveau à Paris. Et oui, déjà. On y reviendra. Une grande consultation populaire sur le thème « Voulez-vous d’un grand club à Paris ? » est lancée. L’engouement est manifeste : 66 000 réponses positives sont enregistrées et ‘un nom - Paris Football Club - se dégage nettement. Même Bellemare derrière son micro d’Europe 1 parle déjà d’histoire extraordinaire. Eté 69, le PFC est né. Il est porté par Pierre-Etienne Guyot, son premier président et par Guy Crescent, le n°1 de Calberson très affûté dans le domaine du sponsoring sportif. Le PFC a toutes les cartes en mains mais il lui manque un atout majeur dans son jeu : une équipe. Pour intégrer le championnat, pas d’autre choix que de convoler en justes noces avec le Stade Saint-Germain. L’échange des anneaux a lieu en début de saison 70/71. De cette union, va naître le Paris Saint-Germain Football Club avec Jean Djorkaeff comme figure de proue. Oui monsieur. Le PSG FC s’affiche en champion et a bien mérité de siéger en prince dans son nouveau parc.
Mais les affaires prennent le dessus, et la cuisine interne des dirigeants se termine en désamour. A vrai dire, la vie de couple n’a jamais été rose. En 1972, le divorce est consommé : « parisiens » et « saint-germanois » se séparent. Les premiers restent en D1 sous l’étiquette de Paris FC, les seconds repartent faire joujou en amateur en gardant leur nom d’époux, le PSG FC. Seulement voilà, sans vivier de jeunes et avec des pros sur la fin de carrière, le Paris FC ressemble à une coquille vide. Les résultats s’en ressentent. Sur la reculade en 1973, le club est relégué pour de bon l’année suivante en D2. Il y retrouve un certain PSG en pleine bourre. Les deux clubs se croisent en se dirigeant vers des trajectoires complétement opposées. Le Paris FC est assurément sur le déclin. Le prisme a changé de taille. Du XXL, on passe à une petite taille M. Fini le rôle de grand de Paris. Le PFC incarne à peine le rôle du club de l’est parisien, avec les moyens qui correspondent à son nouveau statut. Du parc des princes, le PFC découvre Déjérine. Et ça fait tout drôle.
Les années 80, les années Racing. Retour vers un passé gravé 13 ans plus tôt. Lagardère rêve d’un Racing Paris aux couleurs de l’entre-deux-guerres. Pas de référendum populaire cette fois-ci, ni de Bellemare en promoteur pour un appel du grand Paris. Simplement une œillade vers le Paris FC pour faire du Racing, un nouveau bout d’élite. Mission accomplie en 1983 avec fusion à la clé qui accouche du Matra. Vous savez ce célèbre maillot à bandes horizontales blanches et azur qui se déclinaient parfaitement sur les épaules d’un Enzo Francescoli ou d’un Ben Mabrouk. Dans l’affaire, le PFC et ses bribes de club sera vite oublié. Il en paie le prix fort durant une dizaine d’années très à l’étroit dans un costume d’amateur, à faire du yoyo entre D3 et D4 et même plusieurs piges en Honneur. En 1993, le club réussit à s’extirper des bas-fonds et accède au championnat de National 1. Plusieurs saisons à gratter la D2 sans jamais réellement la toucher des doigts. Le changement de siècle souffle le froid sur les franciliens en les basculant vers le championnat de CFA pour 6 longues années.
Et puis Pilorget remet l’équipe au goût du jour en 2006. Le plus parisien des saint-germanois a sa méthode sous l’œil d’un Cotret désireux de mettre le paquet dans un club au développement planifié et raisonné. Comme à son habitude, le PFC se place en outsider et s’ancre dans le premier tiers du classement. Toutefois, ça plafonne dur et le club tient ce rôle plusieurs saisons avec une place dans le quarté d’arrivée mais pas dans le trio tant espéré. Le jockey Pilorget perd sa monture et cède sa place à Vannuchi qui se remet en selle. Entre temps, l’équipe a déjà déménagé à Charléty en devant partager ses vestiaires avec le Stade Français dans l’univers de l’ovalie. Pollet inscrit 22 buts et le PFC termine…6ème. L’an passé, tout avait commencé. Mais octobre a balayé toutes les ambitions parisiennes. Le Paris FC termine sa course en 12ème place, essoufflé, loin de ses objectifs initiaux. Vannuchi est parti laissant la place d’entraîneur à Alain Mboma.
Un deuxième grand club de foot à Paris en forme de mythe.
Parler du PFC, c’est inéluctablement soulever la question de la représentation de Paris comme place de foot dans le championnat. On vient de le voir à travers cette histoire résumée à grands traits. La capitale, le grand Paris, ses 12 millions d’habitants et ses 250 000 licenciés comme véritable gisement de sportifs. Le Petit Chamois a beau soulever le couvercle, rien n’en sort. Le PSG et point barre. Le Red Star, Créteil et le PFC en National, l’UJA, Villemonble et Sannois-Saint-Gratien bien plus bas, et bien d’autres encore sous l’éteignoir. Rien à se mettre sous la dent pour le passionné parisien amoureux du ballon rond. Ainsi, pour trouver une petite trace de foot francilien, il faut regarder les résultats de CFA ou de CFA2, au mieux ceux du National. Et pendant ce temps-là, ailleurs, dans les autres capitales européennes, Londres, Rome, Madrid affichent leurs quartiers comme autant de clubs de haut niveau jouant de la tête et des pieds lors de derbies très enflammés. A côté, Paris fait peine à voir.
Et ça dure depuis 1991. Toutes les tentatives pour lancer un autre grand club francilien ont échoué. Alors, c’est quoi le problème docteur ? Sous le couvercle, la mauvaise alchimie entre le financement (investisseurs), les équipements (stade) et l’histoire des clubs (palmarès) règne en maître. Le Red Star, et son époque Bras, beaucoup d’argent sur la table, des succès sportifs, et une bonne entente avec les politiques et des projets autour du social…93 oblige. Mais toujours pas d’investissement dans une structure. Bauer est bien triste au regard de ses photos d’archives. L’énigmatique Créteil-Lusitanos, le club du maire de Créteil qui a fait de ce nouveau club, un prétendant à la L1 mais sans âme et sans spectateurs. Pour ceux qui se souviennent encore de Saint Leu briguant la L2 et de son stade avec ses 2500 spectateurs de moyenne. Problème d’installation sportive, problème de financement. On vire le Président historique pour le remplacer par un homme d’affaires. C’est l’époque du Stade de France, pas de club résident. La suite est écrite. Aubervilliers et Noisy le Sec, souvent placés mais jamais gagnants. Pendant des années, ces deux clubs qui jouent la carte 93 ont brillé en D3 puis en National, mais le projet fusion Stade de France a eu là aussi raison des clubs qui ne possèdent pas d’équipement sportif digne de ce nom et dont les mécènes ont été obligés de quitter le navire, pour des pouvoirs plus « familiaux ». Le Racing, ex RCF coupé de sa prestigieuse maison mère au moins sur l’aspect financier, qui vit sur son histoire avec des installations pourries et qui regrette encore le dernier passage de deux Présidents mégalos, mais dont au moins un avait une connaissance du monde sportif et marketing qui aurait pu changer la face du club.
Bon, et le PFC dans ce désert ? Et si l’espoir venait d’un club intra-muros ? En 2007, avec deux ou trois copains perdus de vue après la fac, j’ai eu l’occasion de voir un match du PFC. L’équipe est conduite par Pilorget et évolue encore à Déjérine dans le XXème pour quelques matchs seulement. L’ancien stade de la Porte de Montreuil n’est pas aux normes pour accueillir des rencontres de National. Mais la fédé accorde sa bénédiction. Un point vert au milieu de grands immeubles, une petite tribune assez basse dans laquelle j’ai dû me cogner la tête une dizaine de fois et qui en dit long sur le reste des installations. Paris accueille Laval. Une affiche du premier tiers du classement. Quelques dizaines de personnes, de la famille et des amis des joueurs, des supp’ tangos en face qui sont arrivés pile à l’heure après un marathon dans les transports en commun. Un petit 0-0 à l’arrivée bien fade. Ca ressemble au club de mon village : le bruit des ballons à chaque passe, un ou deux cris le long de la touche et quelques quolibets descendus des sièges. Il manque juste le vin chaud parfumé à la cannelle de Simone, la trésorière adjointe promue aux tâches matérielles. Un coin de campagne à la ville. Nous rentrons en RER avec une poignée de supporters ayant fait le déplacement et qui se préparent à 90 nouvelles minutes dans les transports. C’est çà tous les week-ends le foot francilien. Cette saison-là, le Paris FC finira 6ème aux portes de la Ligue 2 tant chérie par le président Cotret. Ils s’étaient donnés 3 ans. Ils sont toujours en National, sans domicile fixe, hébergés à Charléty, le stade des amours perdus où l’on compte du doigt le public et de tête la future recette de la soirée.
Le PFC n’a guère le choix s’il veut grandir. Ce sera la Ligue 2 ou rien. Car, sans réel statut pro, le club ne peut retenir les jeunes qu’il forme. Un refrain que tout club fredonne. Au grand dam de Guy Cotret : «On a plus de 600 gamins, des vrais Parisiens que l’on perd tous les ans, car on n’a rien à proposer pour les garder » (Le Figaro - 2008). Le discours n’a malheureusement pas changé, en forme de copier-coller. Chaque été, le PFC est listé dans la colonne des bons outsiders. Pourtant cette année, la saison s’annonce plus chaotique que jamais. L’équipe déjoue les pronos des entraîneurs. Un mois de septembre calamiteux composé de 5 défaites consécutives, alimenté par une sortie catastrophique dans le derby à ne pas perdre face au Red Star. Au soir de la 10ème journée, Paris s’affiche à une bien triste 16ème place de National. Le PFC se fait un nom à l’envers. Et puis, il y a 10 jours, un sursaut, un réveil attendu : les hommes de Mboma crèvent l’écran en infligeant une roue de bicyclette dans une manche de tennis à Epinal, pas les premiers venus et amoureux des finals à suspens. Yenga a retrouvé son arc et ses flèches et en a planté 3 dans la cible. Serait-ce le déclic ? Pas si sûr car en face, Epinal a vraiment perdu de sa superbe depuis sa première défaite (2 points pris sur 12 possibles !) avec sa défense en papier mâché et sa cohorte de blessés. La tâche était aisée. Mais encore fallait-il la réaliser. Ce soir, le PFC tentera de conjurer le sort des équipes qui visitent Niort. Un Pari(s) un peu fou mais pas idéaliste dans l’univers infernal du ballon rond. Cotret a rangé les beaux dossiers et balayé d’un revers de manche l’idée de fusion entre son club et celui du Red Star. La Ligue 2 s’évanouit et les vieux débats du « qui derrière le PSG ? » tiennent toujours le haut du pavé.
Niort n’en a que faire. Ajoutons deux lettres capitales à Paris et nous obtiendrons le paradis ! ALLEZ CHAMOIS, pour un Paris gagné !!
[ Le Chroniqueur ]