
Préambule
Si vous croyiez faire un raccourci facile en pensant que la mascotte de Besançon était un bison (de bisontins, les habitants de Besançon), vous vous trompez littéralement. Et si vous pensiez comme moi reconnaître un perroquet au plumage rouge et bleu, couleurs locales, vous avez également tort. Le Petit Chamois est heureux de vous présenter « Racing », la mascotte du BRC, un charmant aigle de deux mètres de haut et d’envergure. Il rend visite à son « copain » Chamy. Coup de sabots contre coup de griffes, le week-end prolongé du 11/11/11, ironie du temps qui passe et hasard du calendrier, s’annonce bestial.
Curiosité de notre calendrier qui nous entraîne déjà vers la 15ème journée de championnat. Les chamois accueillent Besançon. Ah ! Encore un promu à René Gaillard. Martigues, Le Poiré sur Vie, Ajaccio GFCO, Red Star 93, tous encornés par des chamois posés sur leur petit nuage à domicile, à peine trahis par le cumulonimbus du Paris FC qui a douché joueurs et supporters. Chers amis, le réveil doit sonner en ce 11/11/11 pour signer un armistice. Celui qui conclut la fin d’un conflit vieux d’un mois, celui d’une réconciliation avec la Victoire. Depuis deux matchs, le Paris FC audacieux et en phase de reconquête ou la sortie sur écran géant à Epinal pour un duel qui a viré au camouflet sur les bords de la Moselle, Niort fait la guerre à la défaite et a dû malheureusement se résoudre à rendre les armes (défaite 2-0 contre le Paris FC et 2-1 à Epinal). Gastien père a eu beau remobiliser son monde dans les Vosges, les chamois courent après les buts et la victoire. C’est vrai qu’il manque des cartouches, toujours les mêmes, voir même de nouvelles : les Konaté, Durak, Letzelter qui font mouche dans leur registre respectif font défaut. Durand crie son désespoir pour une entorse récupérée à l’entraînement. Jusqu’à présent, il faut faire sans et Niort avait plutôt bien tiré sur les bonnes ficelles en misant sur un collectif rempli de bonnes âmes. Mais cette double défaite toute fraiche réveille les consciences et attise des commentaires en tous genres. Le débat démocratique s’improvise jongleurs d’idées. Quoi de plus normal finalement.
Besançon, scalp idéal ?
Les bisontins vont –ils rejoindre le rang des promus dépouillés à René Gaillard ? Niort n’a fait jusqu’à présent aucun cadeau aux « néo » du National. Et les stats des gars du Doubs à l’extérieur sont moribondes. 2 points pour un bonnet d’âne franchement mérité au classement à l’extérieur. Dans ces mêmes colonnes, lors de l’avant-match du Paris FC, on se glorifiait des mêmes analyses ou presque. Et puis voilà, on a entendu une drôle de mélodie, un son de cloche discordant. Comme l’indiquait papa Gastien au micro de France 3 Lorraine, le foot n’est pas une science exacte. Bien senti. La deuxième meilleure attaque a bien eu du mal à trouver le chemin des filets.
Pourvu en tout cas que les bisontins n’appliquent pas la méthode M’Boma dans l’art de faire déjouer l’adversaire à grand renfort d’un milieu de terrain qui a aspiré nos chamois et brisé son élan créatif.
Le BRC historique : entre calme et remous
Du haut de sa citadelle, le BRC (Besançon Racing Club) contemple plus d’un siècle d’histoire. Le temps arrête sa marche en 1905. Le Racing Club Franc-Comtois Besançon arrive au monde, lointain parent du BRC actuel. Tout se joue loin des terrains, sur le zinc du café de la Bourse, entre deux mokas, dont les terrasses s’étalent sur la grande place de la Révolution, haut lieu du quartier historique de la Boucle et objet des caprices du Doubs qui au hasard de ses crues porte bien mal son nom. Le Racing est porté par une poignée de militaires qui mènent à la baquette et du pied ce grand dessein. Une œuvre sans vague, plutôt discrète, cantonnée à quelques titres de championnat de l’Est dans les années 1910.
La Grande Guerre place l’équipe de foot dans les oubliettes de son histoire. Les militaires sont partis rejoindre le front. Plus personne pour ouvrir les vestiaires. Puis reconstruire ou construire tout court. L’idée géniale d’un stade de « tous les sports » fait son chemin. On l’appelle le Vélodrome dans les papiers. Les anciens eux, de Gibelotte, et il fait une belle place au vélo sur sa piste grisé par le temps qui donne des allures de vertige. Le foot doit partager ses 18 000 sièges. 1936, année du Front Pop. Commencé cette année-là, le stade est inauguré les 8 et 9 juillet 1939 par le ministre de l’éducation Nationale, Léo Lagrange, une figure passée à la postérité partout dans l’hexagone, à l’occasion de la fête de la fédération des sociétés de gymnastique de Franche Comté.
Besançon se vente ville de tous les sports et fait de l’ombrage au slogan contemporain de Niort. Les bisontins sortent de leur tanière et se passionnent de plus en plus pour le ballon rond et les tours de pistes. Un rêve de « cuir ». Sportivement c’est peu glorieux mais c’est la passion qui compte. Nouvelle onde de choc mondiale. On range les vélos et on remet les ballons dans leurs filets. Rendez-vous à la Citadelle sous le feu des bombardements, un lieu sûr garanti par Vauban lui-même, maître dans l’art de la fortification. Le foot bisontin survit aux décombres.
Mieux, il transforme sa section amateur en univers professionnel. Un autre armistice vient d’être signé. Nous sommes en juin 1945. Gianoli en est le premier président. Permettre le rayonnement du foot à Besançon. Tel est son crédo. Ni plus ni moins. Le bonhomme a de l’idée. Tout comme le premier élu de la ville, Jean Minjoz, maire historique de la cité, qui s’assoit couramment à la même table que Blum, Schumann, Monet, Mitterrand ou Faure à propos de l’idée balbutiante d’Europe et qui s’investit pleinement dans les dossiers sportifs de sa ville. Avec de tels soutiens, l’avenir se dessine en Deuxième division. Le Racing s’y stabilise durant plus de 40 ans entre 1945 et 1986. Pas de grands exploits mais une longévité et un club difficile à déraciner.
Et puis l’histoire rattrape le « vieux » club de D2 en 1986. Le dépôt de bilan est inéluctable. Aussi insidieux que les crues du Doubs dans la Boucle. En 1987, un club neuf renaît de ses cendres. On en profite pour lui changer son nom. Désormais, parlons de BRC (Besançon Racing Club). Enfiler le maillot d’amateur et tout reconstruire, voilà la mission. Dur dur au terme d’une si grande stabilité. La digestion est douloureuse. Le BRC rumine son histoire sur les chemins de croix du monde amateur. En 2003, s’ouvre un nouvel horizon. Une saison parfaite en National propulse les franc-comtois en Ligue 2. L’échelon a eu le temps de changer de nom et de look mais le parfum et l’ivresse sont identiques. Faux départ et perte d’espoirs. Le club ne tourne pas rond sportivement et ne peut éviter le retour d’ascenseur. Deux étages en deux ans et un rattrapage in extremis aux branches la saison suivante.
Grâce à un recrutement judicieux, le BRC se redresse petit à petit à partir de 2006. Calais puis les Croix de Savoie lui volent de peu la vedette. Reculer pour mieux sauter de joie. La santé est là. Le club le démontre très vite en s’illustrant sous les yeux du grand public : l’OM dès les 32ème de finale de Coupe de France croit bien y laisser ses espoirs et ne doit son salut qu’à la séance fatidique des tirs aux buts qui penche pour le Vélodrome…méditerranéen. Mieux, du côté du championnat, Besançon décroche enfin son billet sur le terrain pour le National, et à la régulière s’il vous plaît.
Cependant, l’été bisontin qui suit est un été meurtrier. Le mauvais scénario des finances est lourdement sanctionné par les instances compétentes. Le sportif laisse la place aux « affaires ». Et le TA de Besançon envoie les racingmen en CFA en guise de punition. Le spectre d’un nouveau dépôt de bilan se retrouve dans toutes les têtes. Le renouvellement de l’équipe dirigeante et le soutien des collectivités permettent d’échapper à la catastrophe. Le BRC doit se soigner, bien caché dans sa poule de CFA. Pourtant, sportivement, le club se remet très vite sur les rails et obtient à la régulière son ticket pour le National au titre de la saison passée. Le focus sur l’histoire et la visite guidée du haut de la citadelle sont terminés.
Il est temps de boucler les derniers sacs et de monter dans le bus. Direction Niort, pour près de 9 heures de trajet et plus de 600 km à avaler. C’est aussi cela la réalité du National et des clubs aux budgets étriqués. Et croyez-moi, Besançon s’y connaît en affaires financières.
Demain soir, chacun de nous pourrait jouer le rôle d’entraîneur. Le discours d’avant-match est finalement très clair : gagner pour ne pas s’installer dans l’épreuve du doute et faire la paix avec les 3 points. Je laisse quand même la compo à Gastien. Pas facile en ce moment. Faisons le dos rond sans attraper de lumbago à l’approche des fêtes et prêchons ardemment pour la VICTOIRE, demain soir.
[ Le Chroniqueur ]