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LA RENTREE ET LA LIGUE 2 EN TETE

Je viens d’acheter un sac d’école à mon fils pour sa première rentrée.

J’en ai profité pour m’acheter un cahier de vacances spécial « Ligue 2 » pour être au niveau dans quelques semaines. J’ai ressenti une grande joie en mai. Mais, j’ai toujours beaucoup de mal à m’imaginer revoir très vite le tango Hinsch’ poser ses fesses sur un banc qu’il connaît comme sa poche, des Nantes, Monaco, Lens ou Auxerre fouler le même gazon et boire à la même coupe du championnat que mes chamois. Le violet istréen n’était nostalgique tout comme le sanglier des Ardennes. Cette nostalgie va redevenir mon actualité.



Un promu qui monte

J’ai ouvert la première page de mon fameux cahier. J’y ai bien vu Niort dans une liste où la petite ville des assurances figure en lettres dorées. En bas, la légende indique bien qu’il s’agit d’un promu, d’un petit bleu. Il n’y a pas d’erreur. Je me suis donc trouvé rassuré d’être dans la bonne classe. Les joueurs ont retrouvé leur casier pour la plupart. Dans le vestiaire, chacun reprend petit à petit ses marques et capte ce parfum envoûtant de Ligue 2, si subtile, enfouit au fond d’un tiroir, qui a fait avancer les joueurs toute la saison écoulée, en quête du sésame dont le nom est composé de quelques caractères alphanumériques « Ligue 2 ». Ah, si les murs de René Gaillard pouvaient parler, nous serions leur premier confident. La Ligue 2, c’est le pâturage de haute altitude du chamois, son pré carré. Un peu comme les prés salés des moutons de Normandie qui colonisent la baie du Mont-Saint-Michel ou les rouquines salers qui s’approprient les vallées des Puys d’Auvergne à la sortie des étables. Hors de son milieu, le chamois peine à s’acclimater. 4 années de captivité où il a fallu tout réapprendre, à commencer par l’humilité et le travail dans l’ombre. Le supporter a dû lui aussi renouer avec sa géographie et mettre son dos au bon endroit sur l’hexagone, prendre une place dans de petites tribunes, se motiver pour braver la pluie un soir de match en CFA. Le soutien n’a pas de prix et ne justifie aucune limite. Le foot niortais a pris une autre direction loin des projecteurs et des caméras de télé. Le discret s’en est allé à la reconquête de son histoire pour un travail de gros œuvre sur ses fondations fragilisées voir lézardées par endroits. Aussi, ce retour au bercail ressemble aujourd’hui à une rédemption, la récompense du labeur et la résurgence parallèle d’un lot de souvenirs. Niort fait école, non plus trop pour ses jeunes et son fleuron d’école de foot sauvegardé malgré tout mais pour son retour sur le devant de la scène après l’enfer, une nouvelle philosophie en poche, le trait d’union « maison » et la carte jeune comme pivots.

Entre grosses désillusions et petits bonheurs : la quête de la stabilité

A la page 2 de mon cahier, je découvre une leçon d’histoire contemporaine, quelques lignes et un florilège de noms tous censés embrasser la profession d’entraineurs. Pêle-mêle, Rust, Dufour, Hadzibegic, Marcos, Gastien I puis II, Hinschberger, plus loin dans la lecture, Zvunka, Buigues, Bonnevay. Des patronymes qui peuplent les statistiques, des gourous adeptes du beau jeu, des démiurges amoureux de grandes théories couchées sur tableau noir, des « médecins » venus tour à tour au chevet d’un vieux club malade de son inertie et boudé dans son environnement très immédiat, ville et partenaires confondus. Quelques dates aussi gravées dans ma mémoire et que j’ai retenues sur le bout de mon pouce : une soirée boulonnaise de mai 2008, une journée portes ouvertes à Grenoble où nos protégés encaissent un cuisant 5-1 sous l’ère Dufour pour ce qui sera son match de la dernière chance, cette rencontre télévisée diffusée la même année montrant l’agonie d’un groupe face aux Manceaux devant des milliers de regards. Du bon, voir du très bon dans ce qui restera finalement comme autant de petits apartés : cette victoire en Coupe de la Ligue pleine de panache face à Saint-Etienne dans une rencontre assez folle en rebondissements (victoire niortaise 3-2), ce succès face à l’AC Ajaccio qui ponctue l’opération commando d’Hadzibegic, le « set de tennis » face au HAC dans un match pour du beurre. Si les murs pouvaient parler…

Dans le box de départ

Derrière la porte du vestiaire niortais, l’ambiance est studieuse. Premiers discours, mots de bienvenue et « paquetage » vestimentaire. Menu chargé. Agenda bien rempli. Dans un mois, Clermont sera là, à quelques portes du vestiaire bleu et à une encablure de couloir, pour la journée initiale du nouveau championnat de Ligue 2. Il ne faut pas chômer et mettre le Bleu de chauffe. Epreuves et tests physiques, travail foncier, stage intensif à Châteauroux, série de matchs amicaux. Le bleu chamois va sûrement en voir de toutes les couleurs pour être fin prêt sur la ligne de départ. Les premiers résultats arriveront dans la foulée. Ces chamois-là auront sans doute des lacunes dans une compétition relookée par la présence d’anciens bastions de Ligue 1. Ce club dispose au moins d’un atout avant même de coucher nos premières analyses : savoir d’où l’on vient en retenant les leçons de l’Histoire.

Un mercato sans héros mais plein d’à-propos

Je dévore mon cahier avec autant d’appétit que celui de découvrir le dernier polar à la mode de mon été. Dans la classe Ligue 2, de nouvelles têtes s’affichent, sac à dos rangé et tenues bien repassées. Juan, le polyglotte, promis à un avenir radieux au GF38, s’est mis aux langues étrangères, le roumain puis l’anglais avant de revenir en France sous le maillot chamois. On compte beaucoup sur ce Jimmy-là (sur les autres aussi, hein) appelé à jouer les remplaçants de luxe de Durand. Pas une mince affaire. Mais quand on est le cousin de Jurietti et qu’on idolâtre Pirlo ou Redondo, on se dit finalement que la tâche est dans les crampons.

Avant lui, Roche avait posé ses cartons pour le dossier « gardien », un sujet sensible suspendu à la tête d’une licorne qui n’a rien d’imaginaire. Finalement, l’expérience apportée sera celle d’un numéro 2. Elissalde, sorti tout droit des fûts de Cognac, complète le triumvirat des gardiens du temple chamois.

Quant au coup de cœur Courtot taclé quelques mois plus tôt lors de la précédente saison, il aligne délicatement ses cannes anglaises sur le carrelage niortais en guise de fournitures scolaires pour le jour J, là sans être là. La Ligue 2 n’est qu’un futur parfum d’automne dans le meilleur des cas. En attendant, quoi de mieux qu’une lettre à l’eau de rose composé par son pote Djibril pour se consoler à Capbreton.

Casier suivant, j’aperçois la bouille de Lafourcade. Jéjé était scolarisé à la Berri et a manqué beaucoup l’école. Mais pas pour indiscipline. De la fenêtre de l’infirmerie, il a regardé couler l’Indre. Ce n’est pas un redoublement dans les Deux-Sèvres qu’il vient chercher, mais plutôt le bon rebond. Avec Diaw à ses côtés, il devrait apprendre vite et bien du jeu à la niortaise pour toucher de nouveau au but, histoire de se remémorer les douceurs culinaires de l’andouillette troyenne.

A défaut de cochonnaille, Khalis goûte pour la première fois au plat de résistance de la Ligue 2. Le môme de Drancy, déjà repéré autant pour sa taille que pour son talent, a failli se cogner dans le vestiaire. Notre défense prend sagement de la hauteur comme pour mieux jouer les sentinelles dans ce championnat qui approche.

Et puis les vieux sages sont passés dernièrement. Coué, Fradin et consorts ont passé brillement leur grand oral annuel et ont presque reçu les félicitations d’un jury toujours exigeant, à une licence (club) près. Le jour même, Delecroix prenait le TGV pour rejoindre le 79 et s’y poser pour deux saisons. Enfin, Pallois le chamois, las de danser le tango du côté de la Mayenne est venu également rejoindre les bons élèves de National. Professeur Gastien peut arborer un sourire, l’oseille et les joueurs sont enfin arrivés. Il en manque encore à la pelle. Néanmoins, tout le monde va pouvoir commencer à bosser du côté de Châteauroux pour le traditionnel stage théorique d’intersaison, avant quelques exercices pratiques en juillet pour assimiler les connaissances.

J’ai finalement refermé mon cahier, histoire d’assimiler moi aussi. Remarquez, j’ai encore le temps de bachoter d’ici le 27 juillet, jour de la première interro. L’horaire de la convocation a été modifié pour 18h45 à René Gaillard. J’espère qu’il n’en manquera pas à la pelle. J’en oubliais presque de vous dévoiler le sujet : « forces et faiblesses de la ville de Clermont-Ferrand ». Déjà une épreuve compliquée. Aux chamois de jouer les bons élèves pour obtenir une bonne note. Et moi de réaliser que Niort a repris bel et bien sa place et ses marques en Ligue 2.

[ Le Chroniqueur ]

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