10th
LAURENT GAGNIER : PORTRAIT D’UN FOOTBALLEUR ATYPIQUE
(cette interview est fictive et son ton est parodique.
Détendez-vous, vous êtes sur Le Petit Chamois)
LAURENT GAGNIER : PORTRAIT D’UN FOOTBALLEUR ATYPIQUE
Par Sébastienne Touseul du journal La Picardie indépendante .
On l’avait laissé rayonnant au crépuscule d’un été amiénois caniculaire, chevelure au vent (« parce que chacun doit avoir sa liberté d’expression capillaire »). Au cours d’un début de saison remarquable, le Niçois d’origine avait d’emblée marqué les esprits : meilleur buteur du tournoi Beach foot les mouettes d’Amiens plage, vainqueur du concours de tee-shirt mouillé à la même manifestation et président émérite du jury de Miss string (« c’est sûr, je me suis régalé avec les ficelles picardes cet été » glisse-t-il malicieux), rien ne pouvait aller mieux.
On le retrouve aujourd’hui dans un contexte plus délicat, passé d’un statut de titulaire en puissance auteur de quelques réalisations prometteuses à celui de remplacé en cours de match puis à celui de remplaçant tout court.
Rendez-vous est pris à « L’objectif Lune », un bar du centre-ville tendance dont il connaît personnellement le propriétaire. Il commande deux cocktails aux fruits de la passion (« Je suis accroc depuis l’âge de 16 ans ») avant de me rejoindre.
L’homme n’esquive aucune question et se montre affable. Au premier contact il propose dans un sourire qu’on se tutoie, et me lance en guise de bienvenue un « Alors ce soir, Seb, on mange Chinois ou chez toi ? » qui détend l’atmosphère.
Je commence par les questions qui dérangent. Quid du classement et de ses sensations actuelles ?
« C’est sûr, on descend de plus en plus, mais j’ai connu pire. Dans certains de mes anciens clubs, on est même tellement descendu que j’ai eu l’impression de devenir spéléologue… ».
Les Chamois ? « Oui, par exemple, mais on a quand même passé de bons moments. Simplement, comme dit le proverbe, on ne peut pas toujours perdre, à un moment, il faut savoir gagner. Moi, j’aime beaucoup les animaux, et l’idée de terminer ma carrière entouré de chèvres me ravissait ».
Tout de même, a-t-il une explication concernant ses 367 blessures officielles au cours de sa dernière année niortaise qui l’ont fait tutoyer le Guinness Book et sur l’infinie patience des dirigeants à son égard ? « En fait, ils n’avaient pas trop le choix. Parce que si ce n’était pas moi, c’était alors Jacuzzi qui jouait. Rom, il était super, mais quand il était sur le pré, à ce moment là, IAAAAARRRRRGGGGHHHH !!!!!!! ». On n’en saura pas plus sur ce fameux « Jacuzze et sa baraque à frites » (?), un rire sarcastique de hyène épileptique concluant le sujet.
Et quand a-t-il réalisé que sa lune de miel en Deux-Sèvres se terminait ? Soudain, il se fait sombre mais affronte courageusement la question. « En fait, quand j’ai appris que les dirigeants avaient pris contact avec Troch, j’ai compris qu’on était allé trop loin, qu’on avait franchi la ligne jaune. C’est vrai, on avait tous déconné, pas mal de monde allait se retrouver au chômage et l’existence même du club était menacée. Mais la sanction était largement disproportionnée et personne ne méritait cela. »
Au moins, a-t-il profité de cette période rose pour s’épanouir ? « Oui, c’est évident. Je ne suis plus ce jeune chien fou qui partait faire du surf à Châtelaillon deux mois d’affilée en avril –mai avec son poteau Jeff « Appendicite » Rivière. J’ai mûri ». A-t-il pris de l’assurance ? « Bien sûr, enchaîne-t-il, avec 2 ans passés dans la capitale des mutuelles, j’aurais eu tort de me priver. Je suis désormais à MAIF Habitation et à la MAAF pour mon Clio Cabriolet ».
Et qu’a-t-il à dire quand ses détracteurs le raillent, estimant que son déhanché dans les boîtes des alentours est plus au point que son sens du but ? « J’ai toujours eu des tracteurs , ce n’est pas nouveau lance-t-il un brin désabusé. Déjà, dans les Deux-Sèvres j’avais le monde agricole contre moi. Concernant ces histoires de boîtes, faut pas déconner non plus : ce n’est pas parce que j’ai dansé à oilp sur un cube lors de la dernière soirée Alerte au Malibu du Fucking Blue Boy que je suis redevenu un gogo dancer. Mais je ne m’en fais pas, car je sais que dans cette histoire, tout le monde est derrière moi. De toutes façons, ma réponse, je la donnerai sur la piste… enfin sur le terrain » martèle-t-il implacable. Alors, au final, gogo dancer ou gigolo le beau brun ténébreux ? « Ni l’un ni l’autre sourit-il, que les supporters se rassurent, ma période niortaise est belle et bien révolue ».
Au risque d’insister, on lui signale quand même qu’il reste bien souvent un sujet d’étude pour l’infirmerie du club (deux emplois crées depuis son arrivée) et que sa réputation d’homme-porcelaine prend forcément de l’épaisseur. « Ouais, d’accord, j’ai peut-être abusé à une époque, mais là, vraiment, j’y peux rien. » Il regarde alors à gauche et à droite, puis enchaîne sur un ton un peu gêné quand il est certain que personne ne nous écoute : « En fait, je souffre actuellement d’une torsion des testicules, la faute à un jeu idiot qui fait fureur au club, le Chat-Bite. L’autre jour, Benoît Haaby m’a choppé par derrière dans le vestiaire. Je n’ai rien compris, seulement qu’il fallait que je siffle pour qu’il me lâche. Evidemment, je n’ai pas pu sortir un son, alors je les ai eu grosses comme des melons pendant 48 heures, de quoi faire pâlir de jalousie Pancho Villa et Bernard Tapie réunis. Mais bon, forcément, même si elles ne sont plus violettes, je ressens encore une gêne incontestable sur certains appuis ».
Passons donc. A Bientôt 31 ans, la reconversion approche, inéluctablement. Il me confie que plusieurs pistes ont été étudiées par son agent. L’une d’elle conduisait au JCR (Jokari Club de Rorthais). L’autre menait à Mazière-en-Gâtine. Plus précisément au club des allumeurs de pets, pour un projet qui « allait faire du bruit ». Mais dans cette discipline, le respect des règles de sécurité demeure drastique, alors difficile de faire carrière quand on a toujours un pet de travers…
Qu’importe, il ne va pas s’arrêter à des détails. Alors on lui prête des envies d’ailleurs. Son nom a été murmuré du côté de Palavas-les Flots, de La Baule et des Sables d’Olonne. Plus étonnant, certains bruits de couloirs l’envoient même en Grèce, sur l’île de Pédos exactement. Il ne dément pas. La culture locale l’attire et il n’aurait pas été insensible aux études d’un certain Chacmool sur le thème « Les Grecs ont-ils inventé le rétroviseur ? ». « Oui, je suis ouvert à d’autres cultures, et mon but premier reste d’élargir le cercle de mes amis » conclue-t-il fièrement.
Le surfer-footballeur picard ne s’interdit donc rien, même les expériences les plus étonnantes. Le titre d’Espadrille d’argent du championnat local lui tend les bras. Une fois encore, il renaît là où on ne l’attendait plus.
Qu’importe sa réputation de canonnier à courte portée et son parcours à décoiffer mieux gominé que lui : ici ou là, Laurent Gagnier n’a donc pas fini de nous surprendre…
[ Thierry Lhermitte ]









