Je compte me rendre en pensée au chevet du FC Gueugnon dont j’ai appris dans la semaine par voie de presse que sa situation venait d’empirer, pour ce qui sera peut-être ma dernière visite du côté de Jean-Laville. Pour l’instant, j’ai du mal à réaliser. En fait, le club est malade depuis sa rétrogradation de Ligue 2, une digestion très douloureuse qui constituait la blessure sportive d’un mal beaucoup plus profond. Des examens plus approfondis ont permis de découvrir un état financier déplorable minant à petit feu l’état général du groupe. Les premiers résultats en National parlent d’eux-mêmes. Gueugnon a mal et peine à retrouver la santé pour se placer dans le championnat. Très vite, un nouveau championnat commence, les tests se multiplient afin d’éviter une seconde chute d’ascenseur qui serait fatale à tous. Peine perdue, les résultats des examens sont mauvais, les soigneurs sont impuissants devant un tel état. Le bilan général est catastrophique. Nul besoin de poursuivre des études de médecine pour le comprendre.
Regardez là, oui, là, en-dessous, cette courbe…

(source : foot-national)
Quand je vous disais qu’on n’est pas très loin de l’encéphalogramme plat ! Les Forgerons ne sont pas sortis une seule fois de la zone de relégation. Avec une défense en carton pâte (54 buts encaissés dont 24 sur les 10 derniers matchs et une attaque famélique redorée par la seule présence de Tony Vairelles (9 buts au compteur), les jaunes et bleus touchent inexorablement le fond de ce championnat.
Le buteur maison avouait ne pas vouloir abdiquer et ferait tout pour sauver les mettalo’, quitte à mettre la main à la poche, pour une formalité de quelques 500 000 euros. Ça, c’était le tube gueugnonnais de l’été 2010. L’équipe est repartie en National comme si de rien n’était, avec les promesses de l’actionnaire n°1, du sponsor historique Arcelor Mittal et les gages de sérénité offerts par Dominique Lotte, le poisson pilote de la mairie de Gueugnon. Ils sont repartis et ils ont vu, les vairelles brothers, les Jamaï, Citony, Uras ou Borel. Aujourd’hui, le slogan n’est plus celui du « battre le fer pendant qu’il est encore chaud » mais plutôt celui du « serrer les dents tous ensemble », la tribu bourguignonne se contente de la vache maigre et prône les valeurs humaines et écolo de la coloc et de la petite reine, faute de versement de salaires aux joueurs depuis des mois. Le « point de non-retour » a même été brandi dans la semaine par la gazette locale avec un boycott quasi général des séances d’entraînement. Au secours Tony ! Celui qui s’est engagé sur ses deniers personnels et qui a fait évité les hauts-fourneaux incandescents du CFA à son club de cœur au cours d’un chaud été, est rappelé aux affaires financières courantes. Capitaine courage saura-t-il tout à la fois relever le capital buts et le capital tout court du FC Gueugnon ? Sur le premier point, il n’a pas failli. Sur le second, tout se joue bientôt. Espérons de tout cœur que les dés ne soient pas définitivement jetés et que le destin des Forgerons ne suive pas celui de leurs ainés à Louhans et à Montceau.
Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le foot en général. Les chamois débarquent ce soir à Jean-Laville dans un climat pesant de crise. La compo d’équipe locale va probablement se nourrir de jeunes pousses, ceux-là même très au fait de la colocation et du vélo depuis des semaines. Les Vairelles seront là eux-aussi, trois sur le terrain et un dans les présidentielles. Dans un tel contexte, surtout ne rien prendre à la légère, les bêtes mêmes très malades et blessées se relèvent parfois dans un sursaut de vie et d’orgueil. Jurons que ce ne soit pas pour ce soir mais pour demain seulement, pour que les projecteurs continuent de briller dans la nuit de Gueugnon.
Pour les chamois, ce soir en tout cas, un seul mot d’ordre : battre le fer et les forgerons !
[ Le Chroniqueur ]