Le calendrier de National a accouché d’une souris. Au milieu du bric-à-brac estival du « qui va jouer contre qui » et des multiples incertitudes qui planent encore sur l’identité des clubs figurant dans les rayons du championnat National, Niort recevra finalement le GFCO Ajaccio lors de la première journée disputée ce vendredi. Un promu qui monte dans l’ombre des autres clubs corses, en partie éclipsé par le club phare de la ville, l’ACA revenu parmi l’élite et éternel rival du GFC.
Nom de code « GFCOA » traduit en Gazélec Football Club Olympique Ajaccio pour les puristes. Mais c’est le « Gaz’ »qui remporte franchement tous les suffrages, beaucoup plus court et très vite acquis. Le Petit Chamois l’adopte !
La Corse est assurément au terme de la saison 2010-2011 une terre de champions. En propulsant la même année ses 3 principaux clubs dans les 3 premiers échelons du championnat de France, l’île a remis le foot en beauté sur un territoire où le ballon rond ressemblait de plus en plus à une vieille baudruche dégonflée. L’AC Ajaccio rejoint de nouveau la crème (si l’on peut dire) du foot français après une bataille à suspens en Ligue 2. Le Sporting Club de Bastia englué en National en compagnie de nombreux prétendants à une remontée immédiate a survolé sa saison pour obtenir un billet mérité en L2. Et puis le Gaz’ a suivi la même trajectoire en accédant à la régulière à une place en National, des ténèbres vers la lumière.
Une histoire de Gaz’
Le Gaz’, c’est une histoire de gaziers née à l’aube des années 60, l’alliance d’un club au bout du rouleau auréolé de nombreux titres, le FCA (Football Club Ajaccio) et d’une équipe d’ouvriers pleine d’énergie (quand on travaille dans le gaz, on en manque pas !) créée quelques années plus tôt. Le GFCA est né, comme un mélange des genres, entre passé et modernité, avec ses couleurs rouges et bleues à bandes verticales dont il ne se séparera plus, toile de fond de l’actuel logotype ajaccien. Des couleurs… des lieux aussi comme le Stade Ange Casanova érodé par le temps (ne me parlez plus de mise aux normes et de tribunes vétustes !) mais dont l’âme bienfaitrice habite toujours les lieux, sur la route de Mezzavia, entre bord de mer et montagne corse. Le Gaz’ doit sa vie à une part d’Ange, père fondateur à l’origine du grand départ de 1960.
Les résultats suivent les mêmes soubresauts, le Gaz’ jonglant entre D2 et D3 durant une trentaine d’années avec un statut d’amateur auquel il tient, laissant la part du lion à son plus proche voisin, le rival de toujours que vous connaissez. Les années 90 offrent une nouvelle donne et place le GFCOA sur un piédestal. D’abord par des parcours remarqués en Coupe de France (un ¼ de finale de coupe en 1992, un 1/8 l’année suivante) puis par une saison charnière 1999-2000 référence, où le Gaz finit 3ème de National. Le temps des ouvriers-joueurs est bien loin. Ajaccio recrute fin et ambitieux : Mamadou Faye, Philippe Mazzuchetti, Pascal Olmeta, Christophe Destruhaut, Mickaël Pagis, Yannick Zambernardi, Hervé Sekli ou encore Mickael D’Amore, sans oublier des noms que l’on connait plutôt bien chez les chamois comme Patrick Van Kets, Cédric Pardeilhan ou Sadio Sow aux destins divers. Le Gaz’ obtient son billet mais ne le compostera jamais, en raison d’un point de règlement bidon de la Ligue qui interdit à une ville de moins de 100 000 habitants de compter 2 clubs professionnels dans la même division. Tel est le cas à Ajaccio…L’AC a encore gagné. Malgré maintes recours y compris ceux portés devant le Conseil d’Etat, le Gaz’ est reçu-collé et doit se résoudre à rester en National. Malgré de bons coups côté recrutement (Christophe Meslin, Marc Libbra, Franck Soler), les années 2000 mettent le Gaz’ sous l’éteignoir. La DNCG rétrograde le club en CFA, un championnat qu’il ne quittera guère plus en dépit de deux bonnes saisons de National sans lendemain. L’emblématique Patrick Leonetti doit même se résoudre à passer la main en 2010 après 5 ans de bons et loyaux services à la tête de l’équipe. Dominique Veilex reprend alors les rênes d’un groupe qui ne le décevra pas. Le Gaz’, après une première partie de championnat poussive, obtient le précieux sésame pour le National lors de l’avant dernière journée, en écartant Albi. La boucle est bouclé.
« Ne meurs pas, qui combat »
Ce slogan n’est jamais sorti de la voix de Tino Rossi, pas plus de l’arme fétiche de Napoléon, quoique la maxime ait pu s’appliquer au contexte de l’époque. Il s’affiche sur les bâches et banderoles tendues par le kop ajaccien réuni en Socios FGCOA. Tiens, tiens, ce mot-là ne vous dit rien ? Le groupe de supporters s’est lui aussi retrouvé en association et vente bien mieux que moi l’histoire de son club vedette à travers un livre retraçant la grande aventure ajaccienne de ses origines au temps présent. Pour ceux qui veulent « frimer » cet été sur la plage abandonné minée par un été pourri et devenir des incollables sur le GFCOA, ça s’appelle « GFCOA per sempre ! ». On y retrouve la bande de potes de gaziers à l’origine du grand destin local, le mythique« bistrot » où tout se nouait dans l’arrière-boutique, Casanova (pas Giacomo !) et bien d’autres hommes de légende. En lisant bien, on retrouve même la trace de Guillaume Deschamps, futur grand épouvantail niortais affolant des défenses terrorisées. Snif. Toute une époque quoi.
Vous voyez, le discours est clair. Le GFCOA qui a ajouté un « O » à son nom de code en 1996 tient désormais une forme « olympique » et n’a plus envie de faire joujou dans l’ascenseur. Le petit promu du 2B avance pour se stabiliser solidement en National. Par l’image et l’accent corse, c’est encore plus vrai que 10 lignes tracées sur un papier :
http://www.corsematin.com/article/football/gfcoa-les-objectifs-des-dirigeants-pour-la-nouvelle-saison-en-image
Pour se faire, pas de grand moyen vous le devinez avec un budget de 1,1 M d’euros. Les « héros » du CFA sont restés pour la plupart, à la découverte d’un monde inconnu, même si certains sont allés voir plus haut encore de l’autre côté du port, attirés légitimement par les lumières scintillantes de la Ligue 1. Groupe stable globalement donc, avec une touche de renouveau quand même pour parer à ces quelques départs : embarquement de Gbizié et de Romey, les avants bayonnais et arrivée du croco Bocognano. Mercato très discret mais ciblé.
Résultat, la tête de mort Maure a joué les trouble-fêtes tout juillet dans des amicaux qui ne veulent rien dire aujourd’hui, mais qui parleront peut-être beaucoup plus demain, lors de l’analyse des premiers résultats officiels, cette fois. 2-2 à Bastia, 2-2 à Cannes, 0-0 à Cagliari parmi les bonnes productions ajacciennes.
Du groupe composé en Sardaigne pour affronter Cagliari, devraient sortir les joueurs suivants pour le voyage vers les Deux-Sèvres :
Gardiens :
Maury, Rastello, Solinas
Défenseurs :
Santunione, Rachidi, Bocognano, Poletti, Filippi, Romey, Benyahya
Milieux :
Poggi, Colinet, Seymand, Maisonneuve, Sinapi, Darnet, Castel
Attaquants :
Gbizie, Colloredo, Boesso, Rahal
L’avantage du terrain est niortais, le favori est niortais mais le promu corse a le vent en poupe et ne vient pas vendre des cartes postales ce vendredi à René Gaillard pour vanter ses beautés, au terme d’une belle diagonale à travers la France. Veilex dispose de tous ses hommes et a l’embarras du choix pour composer son onze de départ. Bien évidemment, dans l’inconnu général pour nous, un nom se dégage du lot. Oui, Colloredo, ancien croco et vieux chamois. L’attaquant sans partitions qui n’a fait que jouer sur des fausses notes à Niort, a trouvé une mélodie à son goût sur les bords de la Méditerranée. Les vielles sirènes des attaquants qui ne marquent pas à Niort mais partout ailleurs sont ressorties, tiens. Alors méfiance pour ne pas devoir remuer un couteau dans une vilaine plaie vendredi et corser inutilement son début de championnat d’un fardeau initial.
Forza Chamois ! Nous aussi, peuple niortais, nous avons de la force de caractère. Pas vrai Djibril ?
[ Le Chroniqueur ]