Niort - Luzenac nouvelle saison, c’est l’histoire d’une rencontre de deux chamois qui vous colle à la peau et qui vous touche au cœur. Un chamois de la plaine. Un chamois de la montagne. Heureusement que cette bête à poil très connue de notre histoire et de nos encouragements apparaît sur le maillot de Luzenac. Ça donne des repères. Ariégo moun païs ! Bienvenue Luzenac. 650 habitants et 2 représentants luzenaciens vendredi soir arborant fièrement les couleurs de leur tribu pyrénéenne. Le père et le fils probablement, une histoire de famille aussi petite que cette bourgade ariègeoise, pensionnaire d’une place en National aux côtés des Rouen, Nîmes, Beauvais ou Orléans. Quand je vous dis que le foot est magique.
Je presse le pas jusqu’à mon siège, avec un peu de temps devant moi pour bien vérifier que l’équipe annoncée comme offensive est bien celle qui s’entraine sur le terrain peu avant 20 heures sous des airs de sono engloutis par le temps. Et bien oui, tout le monde a vu juste, à commencer par notre fidèle reporter William qui n’a nul besoin de loge, de bancs ou du reflex dernier cri pour viser juste. Ce que présente le speaker résonne (doux euphémisme !) finalement comme du réchauffé. Même Chami, mascotte sans peur et sans reproche qui effectuait sa rentrée sous son épaisse toison, ne nous émeut même plus. Pourtant, enfiler un costume à moumoute sous 29° tient lieu là aussi d’une performance qui ne peut être relevée que par passion pour les chamois.
Passons à l’offensive…Gonzalez, Roye, Diaw, Durak et Hébras en dynamiteurs, Durand comme seul râtisseur devant la brochette défensive de base, la composition du Père Gastien a de la gueule. Il faut laver l’affront du vin colmarien bon en bouche sur le moment mais finalement digne d’une mauvaise piquette. Il faut faire de René Gaillard une citadelle infranchissable, signe de terreur pour le visiteur. Ajaccio n’a pu résister malgré des arguments, au tour de Luzenac dont le passage TV l’an passé dans la même enceinte reste gravé dans la tête de chacun d’entre nous. Autre temps, autre époque, autre contexte.
But express pour scénario à réviser
Luzenac aura toujours gagné quelque chose, celui d’ouvrir les débats. Curieusement, le premier coup de pied de la partie ressemble au jeu d’un rugbyman qui botte en touche dans le camp de son adversaire. Luzenac laisse la main aux niortais. Mauvaise idée, sur la touche, Niort place sa première banderille : coup franc plein axe à une distance respectable. Le missile s’appelle Djibril.
Enseignement : La composition de cette équipe niortaise ultra offensive a permis de déjouer rapidement le scénario assez habituel d’une opposition venue pour ne pas perdre. Malgré des positions adverses très resserrées, la densité offensive niortaise a payé dès le début du match. L’imparable but sur coup franc de Konaté a assommé l’équipe ariégeoise fragilisée par un début délicat de championnat, l’obligeant inéluctablement à sortir de sa réserve dans une tactique à recomposer intégralement.
Durak d’attaque
La suite ne propose que des miettes pour l’hôte pyrénéen : tenter sa chance sur des opportunités liées à des coups de pieds arrêtés (coups francs ou corners) ou profiter des approximations d’un milieu de terrain niortais qui se marche dessus par moment. Diaw est un poisson pilote et un électron libre qui a bien du mal à tenir son rôle et sa mission dans le poste qui lui est décerné pour la soirée. Du coup, des trous à combler et des incompréhensions à dissiper. Roye semble aussi plus subir ce nouveau dispositif collectif. Seul Gonzalez garde vraiment son couloir et s’applique à jouer dans un bon timing avec une distribution correcte de centres.
Le jeu prend surtout place en milieu de terrain. Luzenac a soigné son mauvais départ et a replacé ses pions sur le terrain. Niort butte. Luzenac met enfin un peu le pied sur le ballon sans être dangereux.
Une seconde lumière surgit finalement de la partition technique de Durak qui met deux luzenaciens dans le vent pour une ouverture lumineuse dans la course d’Hébras. Ce dernier ne tremble pas face à Grégory. Une action caviar pour un capital but d’avance intéressant à la demi-heure de jeu.
Enseignement : le recrutement très ciblé des chamois trouve sa récompense dans son genre d’action. Durak a su faire la différence grâce à son potentiel technique et à sa percussion pour servir sur un plateau un partenaire démarqué. La plus-value est lisible dans ce bagage technique et dans cette bonne vision du jeu qui permet ainsi de s’ouvrir le but et de s’offrir des occasions.
Teintée de réalisme, cette évolution du score profite complétement aux chamois, supérieurs techniquement dans tous les domaines. Luzenac, malgré un petit regain d’entreprises, subit la loi des niortais.
La reprise en seconde mi-temps prend le même chemin que de lors des deux premiers matchs. Niort joue parfois un peu facile et oublie quelques règles fondamentales. Sans relancer Luzenac, les hommes de Gastien ont tendance à lever le pied et à reculer de manière trop prononcée sur les incursions adverses. Cette situation atteint de nouveau son paroxysme entre les 60’ et 70’ de jeu, le petit point noir sur un parcours linéaire qui a déjà couté un but sans encombre face à Ajaccio mais qui a fait plus d’éclaboussures en Alsace du côté de Colmar. On tient moins bien le ballon. Le collectif apparaît moins bien huilé. Je pense même à un moment donné que Luzenac va nous faire une Colloredo.
Le coup de grâce
Ce n’est finalement qu’une pure illusion. Jimmy the king qui sentait maladroitement la présence de Diaw sur ses souliers démonte qu’il est bien le métronome de la soirée en lançant l’avion Durak sur le tarmac d’une troisième envolée gagnante dans ce championnat. Celui qui a brassé des montagnes à Gap est en train d’affoler le compteur niortais et de réveiller de très vieilles pages d’histoire.
Sans se reposer sur ses lauriers, Niort peut voir venir. D’ailleurs Luzenac a du mal à rallier la surface chamoise. Le cœur n’y est plus vraiment. Chamois qui rit, chamois qui pleure. La messe est dite. Niort gère parfaitement une fin de match placée sous le signe de l’offensive. Une gestion si idéale qu’un nouveau but vient même ponctuer le festival niortais. Œuvre de Diaw sur coup franc, bien accompagné involontairement par un défenseur ariégeois. Le chamois qui pleure est montagnard. Loin des caméras, Luzenac n’a pas pesé bien lourd cette fois-ci et risque de combattre dans la catégorie de ceux qui ne veulent pas mourir du National. L’avenir nous le dira. Souhaitons bonne saison à cette équipe luzenacienne dans ses prochains combats.
Et Niort dans tout cela ?
Le chamois qui rit, engrange pour l’instant points et buts, avec une place en embuscade tout à fait prometteuse. L’été se passe bien. Mais la vraie rentrée a lieu en septembre, un peu comme les écoliers qui découvriront leurs nouveaux maîtres. Fréjus, Vannes au programme. L’équipe va pouvoir s’étalonner et mesurer sa force face à des adversaires souvent cités comme candidats au podium. Niort pourrait s’y inviter :
Hier Luzenac et son chamois triste, demain Créteil et ses béliers décornés par Epinal, Le Petit Chamois poursuit sa route. Un championnat qui porte bien son nom et qui pousse au voyage aux quatre coins de la France. See you soon.
[ Le Chroniqueur ]