
Le film sort aujourd’hui. Précipitez-vous y ! Le remake du grand Sergio Leone sauce chamois, c’est l’affiche de la rentrée si l’on en croit les meilleures critiques du 7ème art parues dans la presse spécialisée de ces derniers jours. Lisez plutôt. « Chamywood stars » évoque l’entrée triomphale des chamois dans le Golfe du Morbihan après plusieurs heures d’une longue traversée en bateau depuis le port maritime de La Rochelle-La Palice. Cette scène n’est pas sans rappeler celle de l’arrivée interminable du train à Flagstone sous une note d’harmonica dans l’irremplaçable Leone. Quant au fanzine Sequenz, il va jusqu’à parler de scène d’anthologie lorsque Simon Hébras, bien couvert par Diaw, abat froidement sa dernière cartouche qui fait mouche, dans un silence de mort à La Rabine.
Finis les amuse-gueules, les apéros prolongés durant cinq journées pris sur la terrasse en ce mois d’août et ces quelques jours d’avant rentrée. Place au consistant plat de résistance des manches à venir, avec Vannes, Fréjus, Rouen et Nîmes d’ici octobre. De quoi se mettre en appétit et surtout de savoir ce que les chamois ont dans l’estomac face à des adversaires supposés jouer dans une belle cour d’école.
Cette série de matchs débute à Vannes, ex-pensionnaire de Ligue 2 l’an passé en compagnie de Nîmes. L’équipe pointe à la 8ème place dans une position intermédiaire, avec un départ plutôt timide dans le championnat. Les hommes de SLM (Stéphane Le Mignan) ont dû se contenter d’un match nul à Epinal, dans une affaire pourtant bien en mains à encore 5 minutes du coup de sifflet final. Et patatras ! Deux buts pris coup sur coup qui trottent encore dans la tête des bretons pour un nul en guise de mince consolation (2-2). Peut mieux faire. C’est vrai qu’on attendait mieux de ces écuries en pointant leurs noms du côté du haut de tableau. Vannes alterne le bon et le moins bon depuis le début. Nîmes vient enfin de se réveiller après 3 journées de profond sommeil. Ce qui prouve bien que ce championnat n’est pas ordinaire et pas si facile à négocier, même pour un candidat rôdé à des épreuves plus ardues.
VOC en 3 lettres. Masculin ou féminin ? Masculin môssieur ! Le VOC (Vannes Olympique Club), à ne pas confondre avec la VOC (Vereenidge Oostindische Compagnie avec frites et bière s’il vous plaît !!) la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, la plus grande entreprise commerciale du XVIIe siècle. C’était l’instant culturel du billet. Le VOC, pour éviter le hors-sujet, est un tout jeune club de la fin des années 90, né des amours du « Véloce vannetais » (tout un programme !) et du « FC Vannes ». Malgré son titre, le premier des deux clubs est le plus ancien. Il apparaît en 1892 et propose plusieurs sports dont une section foot promise à des jours heureux. Au cours des années 80, on peut profiter allégrement de l’affiche entre les deux équipes qui évoluent ensemble en D3. Du vrai, du bon derby entre deux quartiers au sein d’une même ville, quoi. Pas un truc fabriqué de toute pièce par la presse. Une opposition qui a une histoire et qui fleure bon la rivalité. Moments de gloire, moments de détresse aussi. Le ciel tombe sur la tête des morbihannais au cours des années 90. Le derby sent le sapin. Les difficultés s’accumulent pour les deux clubs voisins. C’est la fin d’une époque, un siècle d’histoire qui part en poussière dans la grande lessiveuse de la fusion, comme seule alternative à la survie des deux clubs locaux. Nul besoin d’échanger ses vêtements à la fin du derby. En 1998, on mouille le même maillot sous le timbre du VOC, le Vannes Olympique Club. Un mal pour un bien. Quoique…Durant 4 ans, la toute jeune histoire du club reconfiguré connaît l’avarie d’une crise financière qui éclipse tous ses résultats sportifs. Dans les fonds de cale, c’est tout juste si on trouve de quoi payer les commandants de bord, Le Polotec puis Goavec, des mecs qui savent naviguer par tous les temps dans les eaux bretonnes. En novembre 2002, c’est le constat de l’échec devant l’écueil des finances. Les têtes tombent. Stéphane Le Mignan, alias SLM, prend la barre. Curieux parcours pour le petit gus d’Auray venu faire un pèlerinage en bord de mer en 2000, comme milieu de terrain du VOC. De joueur à entraineur, SLM connaît l’embarcation de l’intérieur. Premier geste, direction le radoub pour une séance de soins. Vannes va mal. Une 13ème place peu reluisante en D4 dans l’anonymat le plus complet d’un championnat sans saveur. On est alors très loin du Stade de France et de la promesse d’une coupe dorée. Pièce par pièce, morceau par morceau, le puzzle vannetais se recompose. Une 5ème position l’année suivante puis le fauteuil de leader en mai 2005 pour une remontée en National. L’histoire, si je puis dire, reprend son souffle. Deux années de maintien acquises aux forceps, mais déjà un parcours en coupe remarqué en 2007. Vannes atteint les quarts de finale après avoir damné le pion au Montpellier de Nicollin (L1). Ce jour-là pourtant, l’OM était trop fort : Vannes sort sous les honneurs au terme d’un brillant parcours mais rentre humiliée dans son golfe (5-0). L’exercice 2007-2008 représente l’année de la consécration. Le VOC prend les affaires en mains et ne quittera quasiment plus son siège de leader à compter de la 9ème journée. La Ligue 2 et son univers pro ouvre enfin ses portes aux bretons. Le parcours est exemplaire. SLM en 5 ans de travail, d’humilité et d’abnégation, affublé de moyens modestes, réussit le défi de l’ascenseur entre CFA et Ligue 2. Reste à s’y enraciner. Pari difficile. La première des piges est pourtant excellente. Une place confortable de 10ème pour une saison sans tsunami. La mer qu’on voit danser le long des golfes clairs. Le foot vannetais est au zénith. Sur place, personne ne le sait mais dans les chaumières bretonnes, on fredonne déjà un petit air de Trenet. L’histoire du VOC s’écrit de lettres en or. Adepte des jolis parcours en coupe, Vannes atteint un 1/16 de finale en 2009. Une Coupe de France moitié vide moitié pleine. En session de rattrapage pour la Coupe de la Ligue, Vannes intègre l’espace VIP du petit poucet attiré par un grand dessein. Dijon, Amiens (L2), Valenciennes, Auxerre, Metz, Nice (L1) tombent successivement à terre contre les bretons. Rien que ça ! La presse s’empare de la p’tite cité de Basse-Bretagne et de son dernier rempart Revel, héros de l’aventure. Sans blague, les Vénètes s’invitent à la grande finale contre les girondins de Bordeaux. C’est la deuxième fois seulement qu’un club de Ligue 2 franchit ce fameux cap (Gueugnon en 2000 avait montré une première fois la voie !). Et en matière de cap, les vannetais s’y connaissent ! Beaucoup ont fait le grand voyage pour croquer ce moment d’histoire. Une histoire malheureusement écourtée. Tout le monde assistera très vite au naufrage des vannetais sous la marée bleu marine des aquitains. Les girondins passent 4 buts aux hommes de SLM en première mi-temps, dont 3 pions au cours du premier quart d’heure. La finale a eu lieu sans les bretons. A peine arrivent-ils à combler leurs voies d’eau en seconde mi-temps pour s’éviter une sévère humiliation. Mais ce n’est rien, la soirée n’est pas ternie. Derrière la peine d’un grand rendez-vous manqué, on a déjà ressorti les bignous pour faire la fête. Vannes s’octroie une bonne place dans le panthéon de la coupe. Grâce à cet événement médiatique, le club s’est tout bonnement fait un nom dans le paysage footballistique français. La Bretagne regorge désormais de candidats tous amoureux du ballon rond, en quête de performances, joueurs de l’Armor ou de l’Argoat. L’histoire du club reprend son cours dans l’estuaire. Sportivement, Vannes retombe dans le train-train quotidien : une 14ème place synonyme de grand frisson en 2010 suivi d’un très grand frais l’an passé qui lui vaut la peine capitale. Vannes quitte la Ligue 2. Le tour de circuit est terminé.
Ce week-end, on aura droit à un Vannes – Niort comme affiche de cette 6ème journée de National. Beaucoup moins trippant c’est sûr, mais un test grandeur nature pour les deux équipes qui se sont déjà retrouvées en amical courant juillet avec des objectifs de saison similaires. Les Chamois avaient renversé assez facilement les bretons. A Niort, le recrutement était déjà bouclé. Ce qui n’était pas le cas pour le VOC qui poursuit encore ce jour ses embauches tous azimuts. Kévin Barré, un ancien canari, doit signer aujourd’hui, pour une escale dans le Morbihan. Avant lui, Boe-Kane (Sochaux), Haquin (Libre), Mohamed (Le Havre), Béreaud (Libre), Pasquier (Nantes), Moulin (Fréjus), Berson (Libre), N’Diaye (Alfortville), Sanchez (Bordeaux) ainsi que plusieurs prêts en provenance de Ligue 1 (Abenzoar, Coulomb) ont permis de recomposer l’équipe lors de l’intersaison. La mayonnaise est moyennement prise (8 points, 2 V, 2N et 1D). Ces joueurs arrivant d’horizons très différents ont besoin d’un temps d’adaptation sans doute plus marqué. De plus, le VOC n’est pas épargné par les pépins : Haquin, Abenzoar, Coulomb, N’Diaye expulsé à Epinal et automatiquement out demain soir, Kakou, Jarsalé, Loval. L’incertitude plane totalement concernant le 11 de départ.
Côté chamois, l’équipe débarque sur la lancée de son bel été (qui n’est pas celui de tout le monde !). Konaté gêné au mollet n’a pas goûté au ballon face au Poiré mais revient dans le groupe pour reprendre place au sein de la défense niortaise. Tout le monde est donc là pour se lancer à l’assaut de la conquête de l’Ouest. Rencontre importante face au premier favori de notre calendrier, de laquelle devraient ressortir des réponses aux questions suivantes :
Si maintenant vous n’avez pas de bonnes raisons pour suivre assidûment la première séance de « Il était une fois dans l’Ouest » avec vos acteurs favoris dans les plus beaux rôles, je n’y comprends vraiment plus rien au foot. On attendra la sortie des salles avec impatience, demain soir sur les coups de 22h00, pour récupérer quelques impressions. GO WEST et ALLEZ CHAMOIS !
[ Le Chroniqueur ]